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Cat's Eye

[G]
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Titre : Le retour d'un peintre

Auteur :Célestia

Résumé : Le titre dit tout...

Crédits : Les personnages de Cat's Eyes appartiennent à Tsukasa Hojo

[Histoire publiée le 2002-01-05 - Mise à jour le 2006-07-26]


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Chapitre 1 :: Le retour d'un peintre

Satsuki rentra chez elle avec un mauvais pressentiment. Elle sortait d'une réunion avec sa maison d'édition : Ses livres allaient être traduits et publiés aux Etats-Unis. Une grande campagne de promotion était en préparation. Elle devrait elle-même aller aux USA pendant deux ans pour répondre aux interviews, signer des dédicaces, assister à des dîners et réceptions, . . . Cela signifiait que ses trois filles devraient se débrouiller toutes seules au Japon. Elles étaient grandes ( Rui finissait ses études dans un mois ), ça ne posait donc pas de problème. D'ailleurs, ce n'était pas cela qui était la cause de son mauvais pressentiment : Depuis plusieurs jours, il régnait une ambiance bizarre à la maison. Elle était sûre que ses enfants lui cachaient quelque chose. Elle sentait qu'aujourd'hui elle saurait tout et que ça ne lui plairait pas.
Elle arriva en vue de la petite maison traditionnelle qu'elles habitaient depuis dix ans. Les filles auraient préféré vivre dans un appartement moderne, mais Satsuki aimait ces engawa , ces fusuma , . . . Elle entra et se déchaussa. Le silence inhabituel la fit s'arrêter quelques instants dans l'entrée. Des bruits de pas, la voix de Rui derrière elle :
- Tu viens, Maman ? . . . On est dans le salon . . . J'ai fait du thé.
Elles étaient toutes les trois assises en tailleur autour de la table basse, Rui et Hitomi l'une près de l'autre et Aï à un côté attenant de la table. La tasse de thé de leur mère était déjà prête, en face des deux aînées. Satsuki s'assit sur ses talons devant la place désignée. Elle but une gorgée de thé sans dire un mot, ce n'était pas à elle de parler la première.
- Maman, commença Rui, tu sais que nous pensons que Papa est toujours vivant.
Satsuki approuva. Elle-même essayait de se convaincre qu'il était mort ( celà ferait peut-être moins mal ). Elle opposait cette apparente conviction à celle des filles, même si elle les avait élevées dans le souvenir de leur père.
- Nous avons décidé de le retrouver, annonça la jeune fille.
- Comment ? demanda sa mère avec un sourire désabusé.
Elle-même avait mené de nombreuses recherches pour retrouver son mari. Sans résultat. Elle avait finalement abandonné.
- Toutes tes enquêtes ont été faites discrètement de peur que les ennemis de Papa nous retrouvent. Nous voulons faire le contraire : crier au monde entier que nous nous intéressons à Mickaël Heinz.
Satsuki était médusée : Ses filles étaient folles !
- Quand Papa entendra notre appel, continuait Rui, il nous contactera.
- Si vous n'êtes pas déjà mortes ! répliqua sa mère. Les ennemis de votre père sont toujours en vie et ils occupent maintenant des places élevées dans la société. Ils seront prêts à tout pour qu'une affaire aussi scandaleuse ne les salisse pas.
- Mais nous n'agirons pas à visage découvert, intervint Hitomi. Nous savons bien que, si nous révélons notre véritable identité, ils nous tueront.
- Que voulez-vous faire alors ?
- Nous voulons réunir toutes les oeuvres de la collection Heinz.
- Vous savez combien coûte la plus petite pièce de cette collection ? !
- Mais nous n'allons pas les acheter. Nous allons les voler.
- Vous êtes folles ! ! !
- Quand Papa apprendra que quelqu'un essaie de réunir sa collection, il comprendra que c'est nous, reprit Rui. En plus, nous laisserons à chaque fois une carte de visite et nous nous ferons appeler Cat's Eye.
Machinalement, Satsuki porta la main à son pendentif. C'était sa pierre préférée, le cat's eye. Mickaël la lui avait offerte pour la naissance de Rui.
Les filles avancèrent d'autres arguments : leur agilité, le talent de Aï pour l'électronique et le bricolage, le sens de l'organisation de Rui, le café qu'elles avaient repéré près d'un commissariat, . . .
- En fin de compte, conclut Satsuki d'un ton ironique, vous avez tout organisé et je n'ai plus qu'à m'incliner.
- Non Maman ! intervint Aï. C'est vrai que nous sommes résolues à le faire. Mais ton avis compte plus que tout pour nous.
- Eh bien, je pense que c'est du suicide ! ! ! Je ne veux plus jamais en entendre parler !
Un long silence désespéré suivit. Les jeunes filles se doutaient qu'elles rencontreraient une opposition. Cependant elles ne s'attendaient pas à une réaction aussi violente de leur mère habituellement si calme et si posée. Satsuki but une gorgée de thé.
- De toutes façons, reprit-elle, vous ferez ce que vous voudrez. Je pars dans trois mois pour les Etats-Unis. Mes livres vont y être publiés et je dois faire leur publicité.
- Mais . . . Tu ne nous en avais pas parlé ! s'étonna Hitomi.
- Tu seras absente longtemps ? demanda Aï
- Je ne sais pas, mentit leur mère. Au moins un an. J'en profiterai pour faire des repérages pour mes prochaines histoires qui se passeront aux USA.
- Comment allons-nous faire ? questionna Rui. Aï et Hitomi ont leurs études. Elles ne peuvent pas quitter le Japon.
- Je n'ai pas l'intention de vous emmener. Vous êtes assez grandes pour vous débrouiller toutes seules. Je vais vendre cette maison et acheter le café que vous avez repéré.
- Tu veux dire que nous n'allons pas te voir pendant plus d'un an ? ! s'exclama Hitomi.
- Bien sûr que non. Je reviendrai de temps en temps.
- De temps en temps . . ., répéta Rui d'un air dubitatif. C'est parce que tu es fâchée à cause de ce que nous venons de te dire.
Satsuki sourit. Depuis la disparition de Mickaël, toute sa vie avait été consacrée à ses enfants. Même ses livres, elle les avait écrits pour subvenir à leurs besoins et ne pas entamer l'héritage de leur père. Le projet des filles lui avait fait l'effet d'un électrochoc. Elles grandissaient et bientôt la quitteraient. Elle devait apprendre à vivre pour elle-même . . . pour elle et sans Mickaël.
- Non . . . J'aurai seulement un planning chargé.
Elle finit sa tasse de thé et resta quelques minutes silencieuse.
- Une dernière chose à propos de votre projet et après je ne veux plus jamais en entendre parler : Si jamais il arrivait quelque chose aux Cat's Eye, ne comptez pas sur moi pour les aider. Que ce soit pour la justice, la police ou leurs victimes, elles sont de parfaites étrangères pour moi.
Elle se leva et sortit.
C'était une journée comme les autres au café Cat's Eye. Aï était rentrée du lycée et aidait Hitomi à servir les clients. Toshio était assis au bar et accablait Rui de plaintes sur son chef.
- Il en a de bonnes, le chef ! Je sais que ça fait presque deux ans que nous courrons après Cat's Eye. Il y a des fois où je me demande si elles sont vraiment humaines. Les Américains voient des extra-terrestres partout . . .
- Wahou ! Le scoop ! s'exclama Aï. Les Cat's Eye sont des extra-terrestres et Utsumi Toshio est le Fox Mulder japonais !
- Quelle sale gamine ! répliqua le policier.
La clochette de l'entrée sonna.
- Tu as vraiment été mal élevée ! ! !
- J'ai fait de mon mieux mais elle a toujours été très têtue ! dit la nouvelle arrivée.
Utsumi vit une femme avec des cheveux noirs coupés au carré sous les oreilles et des yeux noisette. Elle était vêtue d'un chemisier blanc et d'une jupe tailleur bleu marine.
- Maman ! ! ! s'écrièrent Aï et Hitomi en se précipitant vers elle.
- Mes chéries, répondit Satsuki en les embrassant.
- Bonjour Kusagi-san, dit Toshio en s'inclinant. Hum . . . Pour Aï, je plaisantais.
- Bien sûr, Inspecteur Utsumi, le rassura-t-elle en s'asseyant à côté de lui.
Elle embrassa Rui qui lui servit une tasse de thé. Hitomi passa de l'autre côté du bar et Aï s'assit à côté de sa mère.
- Tu aurais du nous prévenir, dit Rui. Nous serions venues te chercher à l'aéroport.
- Je voulais vous faire une surprise. En plus, mon avion est arrivé en plein milieu de l'après-midi, ça vous aurait gênées pour le café.
- On aurait fermé, pour une fois. Tu viens si peu nous voir.
Satsuki sourit au reproche voilé de sa fille aînée. Il était vrai qu'en deux ans, elle n'était venue que quatre fois au Japon et n'était jamais restée plus de deux semaines. Les filles étaient venues une fois aux Etats-Unis. Toutefois, leur mère n'avait pas pu leur accorder beaucoup de temps. Aï regarda au pied du tabouret de sa mère, puis le sol dans l'entrée. Elle ne vit que le sac à main noir que Satsuki avait posé par terre près d'elle. Son visage prit une expression triste.
- Maman ? Tu n'as pas de bagage ? Cela veut dire que tu ne vas rester que trois jours, comme le dernière fois ?
Rui et Hitomi tournèrent vers leur mère un même visage triste et suppliant. Elles avaient tellement envie de passer du temps avec elle. Elles se téléphonaient au minimum tous les deux jours mais ce n'était pas pareil.
- Ne t'inquiète pas, Aï-chan. J'ai laissé mes bagages à la consigne de l'aéroport.
A ces mots, trois visages s'illuminèrent de bonheur.
- Tu restes combien de jours ? demanda Hitomi. Il y a plein de choses que nous voudrions faire avec toi.
- Vous aurez tout le temps, répondit Satsuki. Mon séjour aux Etats-Unis est terminé.
- C'est vrai ? ! s'exclamèrent en cœur Hitomi et Aï. Génial ! ! !
Un an passa. Satsuki vivait avec ses filles, au-dessus du café. Elle continuait à écrire ses livres qui se vendaient toujours avec succès. De temps en temps, elle passait un après-midi à signer des dédicaces dans une librairie. Le soir, soit elle restait à la maison, soit elle participait à des dîners ou des réceptions qui se terminaient parfois tôt le matin. Rui, Hitomi et Aï continuaient leurs activités nocturnes. Mais elles n'y faisaient jamais allusion devant leur mère qui semblait tout ignorer.
Ce dimanche-là, tout était calme dans la maison. Aï faisait ses devoirs dans sa chambre. Rui lisait des magazines dans le salon. Hitomi écoutait un disque en s'interrogeant sur sa relation avec Toshio-kun. Satsuki était sortie faire un tour en moto comme souvent quand elle était en panne d'inspiration.
Quelqu'un sonna à la porte d'entrée. Rui ouvrit. Elle n'en crut pas ses yeux. L'homme, un étranger, devait avoir une quarantaine d'années. Il était blond avec des yeux bleus. Il portait un pantalon et une veste bleu foncé avec une chemise blanche.
- Pa . . .Papa ! ? s'exclama la jeune femme, les larmes aux yeux.
- Rui-chan, tu es devenue très belle, lui dit-il en la serrant dans ses bras.
- Je n'arrive pas à le croire ! C'est bien toi ?
- J'ai tant vieilli ? ! ! Je sais bien que j'ai des rides et quelques cheveux blancs mais quand même . . .! !
- Non, ce n'est pas ça . . .répondit Rui, le souffle coupé par l'émotion. Mais ça fait tellement longtemps que j'attends ce moment.
- Je peux entrer alors ? proposa Mickaël Heinz en souriant.
- Bien sûr, excuse-moi.
Rui remarqua alors que son père n'était pas seul. Une jeune femme d'environ trente ans l'accompagnait. Ses yeux bruns pailletés d'or avaient dévisagé Rui de haut en bas pendant sa conversation avec son père. Elle rejeta une mèche de ses longs cheveux auburn ( ils lui arrivaient jusqu'au bas du dos ) et sourit à la jeune femme.
- Ah ! Je te présente Katherina, dit Mickaël C'est une amie.
- Katherina, voici ma fille aînée, Rui, reprit-il en allemand.
- Enchantée de faire votre connaissance, prononça Rui dans la même langue.
- Tu parles allemand ? ! s'étonna son père toujours dans la même langue. Tu la parlais avec moi quand tu étais petite. Mais je pensais qu'après toutes ses années, tu aurais oublié. Ta mère n'a jamais réussi à en apprendre un seul mot.
- Hitomi et Aï savent aussi l'allemand. Maman a tenu à ce que nous le parlions couramment. Mais, entrez.
- Tant mieux car Katherina ne parle pas japonais.
Rui les installa dans le salon et alla chercher ses deux soeurs.
- C'est une belle maison, remarqua Katherina.
- Oui, répondit Mickaël. J'avais peur qu'elles aient des problèmes d'argent. Mais, apparemment, ça va. Je m'étonne que ce soit aussi moderne. Satsuki est très traditionnelle.
- Peut-être qu'elle est . . .,commença son amie.
L'arrivée d'Hitomi et d'Aï l'empêcha de continuer. Les retrouvailles furent chaleureuses. Même Rui, habituellement peu expansive, participait activement à la joie ambiante. Devant une tasse de thé, Mickaël Heinz raconta ce qui lui était arrivé pendant toutes ces années : Après la traîtrise de ses associés, il s'était caché longtemps aux Etats-Unis, puis en Allemagne. Là, il avait perdu la mémoire suite à un accident de voiture. Il avait été recueilli par le père de Katherina qui l'avait nourri, logé. En échange, Mickaël l'aidait à la ferme.
- Alors, tu es capable de traire une vache, labourer un champ, . . .? ! s'exclama Aï en rigolant.
- Je suis le meilleur ! ! !
Pendant dix ans, il avait vécu sans savoir qui il était. Katherina lui avait proposé de faire des recherches. Mais, ayant un mauvais pressentiment, il avait refusé. Puis, brusquement, sans raison apparente, il avait retrouvé toute sa mémoire. Depuis, sa seule idée avait été de revoir sa femme et ses filles. Il était allé au Japon et avait engagé plusieurs détectives privés. En entendant parler des Cat's Eye qui volaient la collection Heinz, il les avait dirigés sur cette piste.
- D'ailleurs, ça m'étonne que votre mère vous laisse faire.
- Elle n'était pas du tout d'accord, dit Rui. Quand nous lui avons annoncé notre projet, elle s'est mise en colère. Nous ne l'avions jamais vu aussi furieuse.
- Elle nous a même traitées de folles ! intervint Aï.
- Elle nous a dit que nous pouvions faire ce que nous voulions, continua Hitomi, mais qu'elle ne voulait jamais entendre parler des Cat's Eye et que, s'il leur arrivait quelque chose, il ne fallait pas compter sur elle pour les aider.
Il n'y avait aucune agressivité ni ressentiment dans leurs paroles. Cela rassura Mickaël Heinz qui comprenait parfaitement l'attitude de sa femme. Toutefois, il commençait à se poser des questions : les filles avaient parlé de Satsuki au passé, elles n'avaient pas parlé de la prévenir du retour de leur père, la maison (l'extérieur et le salon au moins) ne ressemblait à ce qu'il connaissait des goûts de sa femme, . . . Lui était-il arrivé quelque chose ? Ou habitait-elle simplement ailleurs ? (bien que ça ne ressemble pas à Satsuki de laisser ses filles seules). Il se décida à mettre fin à ses doutes même si cela pouvait se révéler douloureux :
- En parlant de votre mère, elle n'habite pas avec vous ?
- Si, répondit Hitomi. Mais elle est sortie.
- Elle ne devrait pas tarder, ajouta Rui.
- Elle profite du dimanche, intervint Katherina, pour voir son petit ami. C'est normal.
- Maman n'a pas de petit ami ! s'écria Aï choquée, comme ses soeurs, par des paroles aussi directes et accusatrices devant leur père.
- Katherina ! dit Heinz d'un ton de reproche. Je t'avais prévenue qu'au Japon on ne parlait pas de ces choses. C'est . . .indiscret.(Mais au moins, je suis fixé . . . et rassuré ? pensa-t-il ).
- C'est pourtant une chose naturelle. Je ne vois pas . . .
- Je suis sûre que tu ne devineras pas quel est le métier de Maman, dit Rui pour changer de conversation.
- Votre mère travaille ? ! s'étonna Heinz. Elle n'a aucun diplôme. Je ne vois pas quel métier elle peut faire.
- Elle est écrivain, révéla Aï. Ses livres ont du succès dans tout le Japon et même aux Etats-Unis.
- Elle ne m'avait jamais dit qu'elle avait du talent pour l'écriture, dit le peintre. De quoi parlent ses livres ?
- C'est l'histoire d'une femme, expliqua Hitomi, qui voyage dans le monde pour retrouver son amoureux qui a disparu. Chaque livre est consacré à un lieu qu'elle visite.
- C'est une sorte de biographie alors ! s'exclama son père.
- Pas vraiment, intervint Katherina, puisque cette femme fait elle-même ses recherches alors que Satsuki n'a jamais bougé du Japon.
- C'est parce que Maman devait s'occuper de nous ! ! ! s'écria Aï.
- Katherina ne cherchait pas à vous offenser, les enfants. Excusez-moi, pourrais-je utiliser votre téléphone ? J'avais rendez-vous avec un détective privé ce soir. Ce n'est plus la peine que je le voie.
- Bien sûr, répondit Hitomi. Il est dans le couloir. Je vais te montrer.
- Non, ne te lève pas, ma chérie. Je trouverai tout seul.
Il sortit de la pièce et ferma la porte derrière lui. Rui, Hitomi et Aï échangèrent un sourire où se lisait leur bonheur. Elles auraient aimé échanger leurs impressions mais la présence de Katherina les en empêchait.
- Je voudrais préciser quelque chose, dit celle-ci.
- Nous vous écoutons, répondit poliment Rui.
- Mickaël a dit que j'étais son amie. Mais, en fait, je suis sa fiancée. Il ne voulait pas vous en parler tout de suite pour ne pas vous choquer. Mais, moi, je préfère que les choses soient claires. Il a beaucoup insisté sur le fait que je ne devais pas vous en parler. Aussi, je vous demanderai de faire comme si vous l'ignoriez.
Les filles conservèrent un silence atterré. Pour elles, il avait toujours été évident qu'à son retour, leur père serait toujours amoureux de leur mère. Elles n'arrivaient pas à croire que ce n'était pas le cas. Et Maman ? ! Elles se regardèrent et comprirent qu'elles avaient eu la même pensée en même temps. Il fallait à tout prix qu'elles la préviennent avant qu'elle voit leur père. Justement, celui-ci avait fini sa conversation téléphonique et revenait :
- Voilà, c'est réglé. J'en ai profité pour réserver une table dans le meilleur restaurant. Je vous invite pour fêter nos retrouvailles !
Mickaël attendait des cris de joie. Il n'eut droit qu'au silence. Ses enfants étaient encore sous le choc de ce que Katherina leur avait annoncé.
- Que se passe-t-il ? Quelque chose ne va pas ? Mon invitation ne vous plaît pas ?
- Bien sûr que si ! répondit Aï, retrouvant son enthousiasme.
- Au fait, où dormez-vous ? demanda Rui. Vous allez vous installer ici.
- Nous ne voudrions pas vous déranger, répondit Heinz.
- Comment pourrais-tu nous déranger ? ! s'exclama Hitomi.
- Excusez-moi, dit Rui en se levant.
Elle sortit de la pièce et ouvrit la porte d'entrée. Satsuki rentra.
- Tu as fait une bonne balade, Maman ?
- Oui, j'ai peut-être une idée pour la suite de mon histoire. Tu sortais ?
- Non, j'ai entendu le bruit de ta moto. Je t'attendais.
Satsuki regarda sa fille, intriguée. Elle s'assit dans l'entrée et enleva ses baskets.
- Que se passe-t-il ?
- Pendant ton absence, nous avons eu une surprise . . .
- Une bonne, j'espère ?
- Oui . . . Papa est revenu . . . Il est dans le salon avec Aï et Hitomi.
- . . .? ! ! Mickaël ? ! ! !
Des larmes apparurent aux bords de ses yeux. Rui attendit que la surprise soit un peu passée.
- Mais j'ai aussi une mauvaise nouvelle.
- Laquelle ? demanda Satsuki, imaginant aussitôt son mari handicapé ou mutilé.
- Il n'est pas venu seul. Il est avec . . . sa fiancée.
La jeune femme observa attentivement sa mère. Celle-ci avait baissé la tête sous le choc. Les yeux fermés, les lèvres pincées, elle semblait lutter pour ne pas se noyer dans la réalité.
- Maman . . ., murmura Rui, ne sachant pas quoi dire.
- C'est normal, dit Satsuki après une minute de silence.
- Pardon ? ! ! Que viens-tu de dire ? ! !
- Oui, c'est normal. Il y a plus de quinze ans que nous sommes séparés. Un homme ne peut pas vivre seul aussi longtemps.
- Mais . . . Et toi ? C'est pareil pour une femme. Pourtant, tu n'as pas eu de petit ami depuis la disparition de Papa.
- J'ai eu quelques aventures qui n'ont jamais duré longtemps. Mickaël a eu plus de chance que moi : il a rencontré la femme qu'il lui fallait.
Rui allait répondre que c'était Satsuki la femme qu'il lui fallait, mais sa mère était déjà entrée dans le salon.
Quand Mickaël avait entendu la porte d'entrée s'ouvrir et se fermer, il avait tourné vers ses filles un regard interrogateur.
- Ce doit être Maman, répondit Aï. Au fait, tu sais que . . .
Ecoutant le discours de sa fille d'une oreille, il fixait la porte du salon.. Mais, au bout d'un moment, personne ne l'avait ouverte. Il commença à s'impatienter. Puis, se rappelant que Rui était sortie, il se dit qu'elle devait prévenir sa mère.. Quel dommage ! Il aurait aimé voir la surprise puis la joie se peindre sur son visage. Il en avait rêvé tellement de fois ! Finalement la porte s'ouvrit. La femme qui entra était différent de celle de ses souvenirs; tout comme lui était différent de celui qu'il était il y a quinze ans. Le temps avait laissé ses marques sur eux. Mais ce n'était pas le moment d'être mélancolique : Satsuki s'approchait. Il se leva, pressé de la serrer dans ses bras. Cependant, le visage de sa femme, un sourire accueillant mais un peu figé et des yeux légèrement tristes, l'arrêta. Elle s'inclina devant lui puis devant Katherina :
- Bonjour Mickaël-san, mademoiselle.
- . . . Bonjour Satsuki, répondit Heinz.
Un silence embarrassé suivit. Katherina posa sa main sur le bras de son ami et lui lança un regard interrogateur.
- Ah oui ! Excuse-moi, lui dit-il en allemand. Katherina, je te présente Satsuki, ma femme.
- Satsuki, reprit-il en japonais cette fois, voici Katherina, une amie. Ça ne va vraiment pas être facile ! Comment pouvons-nous faire pour parler sans que l'une de vous deux ne soit perdue ?
Les deux femmes avaient échangé un sourire poli et froid.
- Si Katherina parle anglais, intervint Rui en allemand, nous pouvons utiliser cette langue. Maman a passé deux ans aux USA, elle parle très bien anglais.
Katherina approuva. Rui traduisit pour sa mère qui accepta elle aussi.
- Ça me surprend, reprit Heinz en s'adressant à Satsuki, que tu aies accepté de quitter ton cher Japon pendant deux ans.
- Tout le monde change avec le temps, répondit-elle d'un ton légèrement las.
Mickaël la regarda avec étonnement : Bien sûr, elle avait changé physiquement : elle avait coupé ses cheveux qui lui arrivait autrefois au bas du dos; son visage s'était aminci; quelques rides étaient apparues aux coins des yeux et de la bouche. Elle avait aussi changé psychologiquement. Au début, il s'était dit que c'était à cause de la sacro-sainte réserve japonaise. Mais si cela entrait en compte, il devait y avoir autre chose. Sans doute, la vie n'avait pas été facile pour une femme seule avec trois enfants. Elle avait du échapper à ses associés et reconstruire une nouvelle vie . . .
Les trois soeurs avaient espéré qu'il se produirait quelque chose qui ramènerait leur père vers leur mère. Elles avaient été déçues sans toutefois perdre espoir.
Hitomi servit une tasse de thé à sa mère. Satsuki s'assit par terre près de la petite table.
- En tout cas, remarqua Mickaël en souriant, il y a des choses qui ne changent pas : Tu ne sais toujours pas à quoi sert un canapé !
- Et toi, tu es toujours un gaijin qui ne comprend rien à la culture japonaise !
Rui et Hitomi sourirent à cet échange qui leur rappelait des souvenirs heureux. En effet, leurs parents plaisantaient souvent sur leurs différences de culture. Katherina sourit elle aussi mais parce que cet échange assez vif la renforçait dans l'idée que Mickaël lui reviendrait.
La conversation continua amicalement. Vers 18H00, Rui proposa d'aller chercher les bagages de son père et de Katherina à l'hôtel. Le téléphone sonna, c'était pour Satsuki. Les trois soeurs débarrassèrent la petite table. Elles se réunirent dans la cuisine pour tenir un petit conseil.
- Comment allons-nous faire ? demanda Hitomi. Nous n'avons qu'une seule chambre d'ami.
- Non ! ! s'exclama Aï. On ne met pas Papa et Katherina dans la même chambre.
Ses deux soeurs étaient d'accord avec elle et approuvèrent.
- Il faut aussi s'occuper de Maman, dit Rui. Elle souffre beaucoup même si elle cherche à le cacher.
Elle raconta ce qui s'était passé quand Satsuki avait appris que Katherina était la fiancée de Mickaël. Après avoir bien réfléchi, elles décidèrent de ne jamais laisser leur mère seule avec leur père ou son amie. Justement, Satsuki entra dans la cuisine :
- De quoi parlez-vous ?
- Nous nous demandions comment nous allions faire, mentit Hitomi, nous n'avons qu'une chambre d'ami.
- Vous n'avez qu'à donner ma chambre à votre père. Je dormirai avec l'une de vous. Aï, viens m'aider à préparer les chambres.
Elles retournèrent toutes les quatre dans le salon.
- Au fait, reprit Satsuki, vous vous rappelez que je ne dîne pas avec vous ce soir ?
- J'avais oublié ! s'exclama Hitomi.
- Oh non ? ! intervint Heinz. J'avais prévu de vous inviter au restaurant.
- Vous pouvez y aller sans moi. Je ne suis pas indispensable. Viens Aï, sinon je vais être en retard.
Rui et Hitomi partirent avec leur père et Katherina à leur hôtel. Quand ils revinrent, Aï regardait la télévision. Elle leur apprit que Satsuki était dans la salle de bain. Les soeurs firent visiter l'appartement à leurs invités. Sur les portes de chaque chambre, il y avait le nom de l'occupante. Mickaël Heinz s'arrêta automatiquement devant celle de sa femme.
- Papa dormira dans la chambre de Maman. Katherina, la chambre d'ami est la deuxième porte après.
Mickaël déposa d'un air satisfait ses bagages et les quelques toiles vierges qu'il avait pris soin d'emporter. Katherina, par contre, ne sembla pas contente de la répartition des chambres.
Tout le monde se prépara pour la soirée. Puis, ils se retrouvèrent dans le salon. Seule Satsuki n'était pas là quand la sonnerie de l'entrée retentit. C'était Taka, le représentant de sa maison d'édition. Rui fit les présentations. Heinz dévisagea attentivement ce japonais au costume impeccable mais aux cheveux mi-longs.
- Satsuki n'est pas encore prête ? demanda celui-ci.
- Elle ne va pas tarder, répondit Hitomi.
- J'espère qu'elle s'est faite très belle. C'est un dîner important. Nous rencontrons les présidents de maisons d'édition française et espagnole.
- Satsuki est toujours très belle, avait pensé Heinz.
- Les livres de Maman vont être traduits en français et espagnol ? ! s'écria Aï. C'est super génial ! ! !
- Ce n'est pas encore sûr. Cette soirée sera décisive. Satsuki a intérêt à les séduire.
- Suis-je assez séduisante comme ça ?
L'écrivain portait une longue robe chinoise rouge moulante ornée d'un dragon noir. Ses jambes effilées apparaissaient par de longues ouvertures sur chaque côté dès qu'elle faisait un pas. Son maquillage rehaussait sa tenue et faisait ressortir la couleur de ses yeux et les lignes agréables de son visage.
- Satsuki-chan, s'ils ne sont pas fous de toi à la fin de cette soirée, je me fais bonze ! ! ! s'exclama Taka après l'avoir enveloppée d'un long regard admiratif.
- Maman, tu es magnifique ! Super belle !
- Elle n'avait pas besoin de se faire aussi belle pour un rendez-vous d'affaire, marmonna Mickaël Heinz en allemand. Et j'aimerai bien que ce mec arrête de la regarder comme ça !
Seule Katherina l'entendit.
- Il me suffira d'attiser un peu sa jalousie, pensa-t-elle. Après, je n'aurais plus qu'à le consoler et il me reviendra naturellement. Elle me facilite le travail. Danke , Satsuki !
Chacun partit à son restaurant.
Quand Mickaël Heinz, ses filles et Katherina rentrèrent vers minuit, Satsuki n'était pas revenue. Chacun alla dans sa chambre et se coucha. Katherina avait proposé, par sous-entendus, à Mickaël de dormir ensemble. Mais celui-ci n'avait pas semblé comprendre. Il lui avait dit qu'elle devait se reposer à cause du décalage horaire.
Une fois sur son lit, le peintre n'éteignit pas la lumière tout de suite. Il avait décidé d'attendre le retour de Satsuki : Si la soirée avait été gâchée par son repas d'affaire, il comptait se rattraper cette nuit. Toutefois, à 01H00, il était toujours seul. Il prit un bloc de papier dans sa valise et esquissa des portraits de sa femme et de ses enfants. Le temps passa : 02H00, 03H00, 04H00, 05H00. Satsuki n'était toujours pas là. Finalement, il entendit ses filles se lever. Il les rejoignit dans la cuisine. Elles parlaient justement de leur mère.
- Maman va être d'une humeur exécrable aujourd'hui, dit Rui
- Oui, il est 06H00 et elle n'est toujours pas rentrée, précisa Hitomi.
- Cela lui arrive souvent ? demanda leur père.
- De temps en temps, répondit Hitomi. Elle déteste ça ! !
- Le directeur de sa maison d'édition les invite parfois dans un salon de karaoké après le repas, expliqua Rui. Il adore ça. Le problème, c'est qu'il ne voit plus le temps passer.
Ils entendirent la porte d'entrée s'ouvrir et se refermer, des pas dans le couloir et l'escalier, puis le bruit d'une porte qui claque.
- Bonjour tout le monde ! dit Aï en entrant. Je viens de croiser Maman. Elle rentre à peine ? !
Elle embrassa son père et ses soeurs avant de s'installer devant son petit déjeuner.
- Oui. Elle avait l'air comment ? De mauvaise humeur ? demanda Hitomi.
- Je sais pas. Fatiguée surtout. Son directeur a du lui casser les oreilles toute la nuit . . . Papa, tu pourrais venir me chercher à la sortie de l'école ? Je finis les cours à 15H00.
- Tu n'es pas un peu grande pour ça ? Que vont dire tes amies ?
- Je m'en moque ! J'en ai toujours rêvé. S'il-te-plait ?
- D'accord, mon bébé !
- Super ! A cet après-midi alors ! s'exclama la jeune fille avant d'embrasser son père et de sortir.
- Aï ! Tu oublies ton bento ! s'écria Rui.
La lycéenne repartit en courant. Hitomi descendit ouvrir le café. Sa sœur aînée alla voir si sa mère avait besoin de quelque chose. Mais celle-ci s'était déjà endormie. Rui hésita à la réveiller : Trop fatiguée pour se souvenir qu'elle avait laissé sa chambre à Mickaël Heinz, Satsuki s'était couchée dans son lit. Cependant, son père étant levé, la jeune femme décida de la laisser dormir. Elle ramassa la belle robe qui traînait par terre et embrassa sa mère avant de sortir. Elle s'arrêta dans la salle de bain pour mettre la robe dans la panier à linge sale et remplir la baignoire.
- Je t'ai fait couler un bain, dit-elle ensuite à son père. Tu peux y aller maintenant si tu veux. Je dois aider Hitomi au café.
- Merci, Rui-chan.
Il poussa doucement la porte de sa chambre et s'assit au bord du lit. Satsuki dormait paisiblement. D'un doigt, il effaça le maquillage qui avait coulé sur sa joue : Elle n'avait pas eu le courage de l'enlever. Dans la salle de bain, il trouva du démaquillant et du coton. Doucement, sans la réveiller, il nettoya son visage.
- Tu es bien plus belle au naturel, Satsuki-chan, murmura-t-il avant de déposer un baiser sur ses lèvres.
- Mmmm . . . Mickaël, répondit sa femme dans son sommeil.
Il sourit et la contempla encore quelques minutes. Puis il se leva et alla dans la salle de bain.
Katherina ne se leva que vers midi. Après le repas, elle suggéra à Heinz de lui faire visiter la ville. Jusqu'à présent, il avait été trop occupé avec ses recherches pour lui faire voir quoi que ce soit du Japon. Cela était d'ailleurs égal à la jeune femme. Elle comptait utiliser ce prétexte pour être seule avec lui et le reconquérir. Cependant, Mickaël reporta ce projet au lendemain puisqu'il avait promis à Aï d'aller la chercher à 15H00. De plus, mais il n'en parla pas, il voulait être là quand Satsuki se réveillerait. Malheureusement, celle-ci dormait toujours quand il partit pour l'école.
Satsuki se réveilla avec l'impression d'avoir la tête dans du coton qui assourdissait sa migraine.
- Pas assez de sommeil, trop d'alcool ! diagnostiqua-t-elle. Une douche me fera du bien.
Elle laissa longtemps l'eau couler le long de son corps. Ses pensées allèrent naturellement vers son mari. Il ne le serait plus pour longtemps. Elle avait tant espéré ce retour et maintenant elle aurait aimé qu'il ne soit jamais revenu. Mais on ne peut rien contre l'amour. Puisque Mickaël aimait Katherina, elle devait l'accepter. Cependant, cela lui prendrait beaucoup de temps. Le mieux était d'éviter toute conversation avec son . . . futur ex-mari ( ça faisait si mal ! ).En sortant de la salle de bain, elle croisa justement Katherina. Celle-ci l'arrêta dans le couloir :
- Vous n'auriez pas vu Micky ? demanda-t-elle en anglais.
- Micky ? ! pensa Satsuki. Pourquoi pas Mickey tant qu'elle y est !
- Désolée mais je me lève à peine, répondit-elle tout haut. Je n'ai encore vu personne.
- Tant pis ! Au fait, Mickaël est à moi maintenant. N'espérez pas le faire revenir vers vous, n'y pensez même pas. Vous le paieriez très cher.
Puis l'Allemande continua son chemin. La Japonaise rentra dans sa chambre et éclata en sanglots. Quand ceux-ci se calmèrent, sa peine se transforma momentanément en colère : contre cette femme qui lui avait volé son amour, contre son mari qui l'avait abandonnée, contre elle-même qui n'avait pas assez confiance en elle pour se battre.
Au retour de Heinz, Satsuki était assise à une table du café et buvait une tasse de thé. N'importe qui aurait deviné qu'elle était de mauvaise humeur. Rui était assise à côté d'elle. Son père s'assit en face.
- Bonjour, Satsuki. Tu as bien dormi ?
- On peut dire ça.
- Ta soirée s'est bien passée ? Tu as réussi à avoir tes contrats ?
- Ils doivent les signer demain.
- Tu dois être contente, alors ?
- Si on veut.
Visiblement, ce n'était pas le bon moment pour avoir une conversation avec elle. Mais ce qu'il avait à lui dire la mettrait de bonne humeur. Toutefois la présence de leur fille le gênait :
- Rui, tu pourrais . . .
- Bon ! l'interrompit Satsuki. Moi, il faut que je bosse. Je dois rendre ce livre dans quinze jours et j'ai encore une cinquantaine de pages à faire. Laisse-moi passer, Rui.
Mickaël Heinz regarda d'un air ahuri sa femme se lever et monter à l'appartement. Il avait imaginé plusieurs scénarios pour son retour : un remariage, la mort, le ressentiment, l'amour, . . . Mais jamais il n'avait imaginé l'indifférence et la fuite. C'était, à son avis, le pire : On peut lutter quand il y a quelque chose : la haine, la peine, la jalousie, l'amour, . . . Mais que peut-on faire quand il n'y a que le vide ?
- On est tranquille jusqu'au dîner ! s'exclama sa fille cadette en s'asseyant à côté de lui. Quand elle travaille, elle se défoule sur son ordinateur ou son bouquin . . . Et pas sur nous.
- Aï, tu exagères ! intervint Rui en voyant l'air étonné de leur père. Elle ne s'est jamais énervée sur nous.
- Non. Mais on dirait qu'elle nous fait la tête. J'aime pas quand elle est comme ça. Cela signifie qu'elle ne va pas bien.
Son père mit un bras autour de ses épaules et l'attira contre lui. Il avait disparu juste après sa naissance. Il ne l'avait jamais vu avant son retour au Japon. Il découvrait et aimait ce bébé né de leur amour, à Satsuki et à lui.
La soirée arriva. Satsuki fit une apparition silencieuse au dîner où elle mangea peu. Puis elle retourna travailler. Au moment du coucher, Mickaël s'allongea dans son lit pour attendre sa femme. Cependant, le décalage horaire et la nuit blanche précédente eurent raison de lui : il s'endormit aussitôt.
Satsuki sortit de la salle de bain quand elle fut sûre que tout le monde était couché. Elle ne voulait pas que quelqu'un remarque ses yeux rouges encore humides de larmes. Mais non, la lumière était allumée et la porte grande ouverte dans la chambre du peintre. Elle pria qu'il ne l'entende pas passer dans le couloir. Parler divorce était une conclusion trop horrible à ces deux journées déjà infernales. Pourtant, il faudrait bien y venir à un moment ou à un autre. Elle jeta prudemment un coup d'œil dans la pièce. Aucun risque : il dormait. Elle le contempla pendant plusieurs minutes, se remémorant le passé : leurs étreintes, leurs baisers, leurs caresses, leurs disputes amoureuses sur leurs différences de culture, leur discussions, . . . Tant de choses qu'il vivait désormais avec une autre. A elle, il ne restait que ses souvenirs et leurs filles. Elle éteignit la lumière et ferma la porte. Le cœur lourd, elle se coucha avec Aï après avoir avalé son somnifère habituel. Elle dormit d'un sommeil lourd jusqu'à 04H00 du matin. Il était alors trop tard pour le marchand de sable. Le travail était la meilleure solution pour ne pas se laisser envahir par les idées noires.
Les yeux fermés, encore à moitié endormi, il chercha à côté de lui la chaleur d'un corps qui n'était pas là. L'étonnement l'éveilla totalement. Le réveil indiquait 06H00 et Mickaël Heinz était seul dans sa chambre. Le lit n'avait retenu aucun souvenir du passage d'une autre personne. Il se leva en se reprochant de s'être endormi. Dans le salon, il vit Satsuki qui y travaillait.
- Satsuki-chan, tu n'as pas dormi de la nuit ?
L'écrivain eut un pincement au cœur en l'entendant utiliser le suffixe "chan". Il voulait certainement rester son ami. Elle ne pourrait pas le supporter.
- Bonjour, Mickaël-san. J'ai dormi mais je me suis réveillé tôt. Moi qui étais une petite marmotte, je n'ai plus besoin de beaucoup de sommeil maintenant.
- Pourquoi tu . . .
- Maman, le thé est prêt, intervint Hitomi. Bonjour Papa. Tu veux du café ou du thé ?
- Bonjour mon cœur. Du café s'il-te-plaît.
Ils rejoignirent Rui dans la cuisine. Satsuki finit son petit déjeuner la première. Elle se leva et annonça qu'elle allait occuper la salle de bain.
- Elle avait déjà pris un petit déjeuner ? ! s'étonna son mari. Elle n'a mangé qu'un bol de riz.
- Maman ne mange jamais beaucoup, dit Rui.
- Elle mange peu, elle dort peu ! ! ! Comment fait-elle pour tenir le coup ? ! Elle est déjà très mince, presque maigre.
- Cela fait quinze ans qu'elle vit comme ça et elle n'a jamais été malade, répondit Hitomi.
Leur père sentit un léger mécontentement dans leurs voix. Il changea de sujet. Il avait retrouvé ses filles depuis trop peu de temps pour se disputer avec elles. Mais il commençait à être vraiment inquiet à propos de sa femme : Elle avait beaucoup changé et ne semblait pas s'intéresser à lui.
Katherina se leva à 08H00. Il ne restait que Mickaël dans la cuisine. Il lui servit du café.
- Argh ! s'exclama-t-elle. Du riz au petit déjeuner ! Beurk ! ! Je préfère le pain.
- Attends, je vais te donner des biscottes . . . C'est juste une question d'habitude, tu sais.
- Ouais. Comme j'ai pas l'intention de passer ma vie ici, c'est pas la peine que je prenne cette habitude.
- Que dirais-tu de visiter Tokyo aujourd'hui ? proposa son ami.
- J'aimerai aller à la Tour de Tokyo. Dans le guide que tu m'as acheté, il y a écrit que c'est le rendez-vous des amoureux.
- Je ne savais pas ça, pensa Mickaël. Il faut que je demande à Satsuki de venir. Elle avait l'air de bonne humeur ce matin.
- C'est une excellente idée, approuva-t-il à voix haute. Le mieux est d'y aller cet après-midi. Ce matin, je dois voir l'agence de détectives privés pour régler nos comptes. Tu ne peux pas imaginer combien je suis heureux d'avoir retrouvé ma famille. En plus, elles vont toutes bien. J'avais tellement peur que mes ennemis s'en soient pris à elles ou que Satsuki n'ait pas supporté ma disparition. Malgré les apparences, elle est très fragile, tu sais. Que seraient devenues les filles sans leur mère ? !
- Elles auraient eu l'impression que leur vie s'écroulait, dit Katherina d'une voix infiniment triste, que leur cœur éclatait. Plus rien n'aurait comptait pour elles . . .
Des larmes coulaient sur ses joues. Mickaël la prit dans ses bras pour la réconforter. La mère de la jeune femme était morte d'un cancer quinze ans auparavant. Katherina avait alors seize ans, l'âge où l'on a le plus besoin des conseils d'une mère. Elle ne s'en était jamais remise.
Satsuki entra dans la pièce :
- Oh ! Excusez-moi ! bégaya-t-elle avant de faire marche arrière et d'aller s'enfermer dans la chambre d'Aï.
Heinz voulut la suivre, ne comprenant pas sa réaction : Satsuki avait toujours été prête à réconforter les personnes en détresse, elle savait trouver les mots justes. Mais les gros sanglots de Katherina le retinrent.
Au déjeuner, pendant lequel Satsuki mangea très peu, Mickaël Heinz lui proposa d'aller à la Tour de Tokyo.
- J'ai du travail à faire, objecta-t-elle.
- Tu as travaillée une bonne partie de la nuit et toute la matinée. Tu peux t'accorder une pause.
- Est-ce que je peux venir avec vous ? demanda Rui. Hitomi peut s'occuper du café toute seule. Aï finit à 14H30. Elle pourra l'aider.
- . . . Oui, si tu veux, accepta son père.
Ils partirent. Après être montés en haut de la tour, ils se baladèrent dans les rue. Tout l'après-midi, le peintre essaya d'éloigner Satsuki de leurs deux compagnes ou, au moins, de lui prendre la main. Il avait vu de nombreux couples se tenir par la main, parfois même la taille. Cela était inimaginable à l'époque où ils s'étaient mariés. Ce geste semblait maintenant accepté et naturel. Cependant, ce n'était apparemment pas ce que pensait Satsuki : Elle retira sa main à chaque fois. Malgré sa contrariété, il sourit : Pour certaines choses, elle n'avait pas changé. Cela le rassurait un peu. En outre, Rui restait constamment près de sa mère. La jeune femme ne semblait pas comprendre les allusions et les regards que son père lui envoyait.
En rentrant, les trois femmes s'assirent à une table du café. Mickaël Heinz, sur la demande d'Aï, partit chercher son bloc de feuille pour esquisser son portrait. Toshio discutait avec Hitomi. Son bip sonna, il sortit. La jeune fille rejoignit le groupe.
- Qui est le jeune homme avec qui vous parliez ? demanda Katherina. Il est très mignon.
- C'est son fiancé, répondit Aï d'un ton agressif.
Satsuki envoya un regard réprobateur à sa fille et souleva sa tasse pour boire une gorgée de thé.
- J'espère pour vous, continua Katherina, qu'il embrasse aussi bien que Mickaël. Votre père embrasse divinement bien.
La tasse de Satsuki fit un bruit sourd en retombant sur la petite sous-tasse qui s'emplit de thé. Elle se leva brusquement.
- Excusez-moi, j'ai du travail.
Heinz, qui arrivait à ce moment-là, crut apercevoir des larmes aux coins de ses yeux.
- Que se passe-t-il ? demanda-t-il. Quelque chose ne va pas ?
- Je ne sais pas, répondit Katherina. Elle s'est levée brusquement sans raison apparente.
- Maman est toujours un peu énervée quand elle doit rendre son livre, expliqua Rui.
- Il se passe des choses bizarres dans cette maison, dit son père. J'ai l'impression que vous me cachez quelque chose et que cela a un rapport avec votre mère. Si c'est grave, je préférerai que vous me le disiez.
- Il n'y a rien de grave, mentit sa fille aînée. Maman est toujours un peu stressée quand elle arrive à la fin des délais pour ses livres. Nous essayons simplement de l'aider.
- Mais, moi aussi, je peux l'aider. Vous ne croyez pas ?
Les trois soeurs se regardèrent. Rui et Hitomi décidèrent alors d'être franche. Elles savaient que leur mère ne supporterait pas l'amitié de leur père alors qu'elle était toujours amoureuse de lui.
- Non, dit fermement Hitomi, nous croyons que ton aide ne lui fera aucun bien.
Heinz regarda ses filles d'un air abasourdi. Comment son amour pourrait-il faire du mal à Satsuki ? Mais il n'eut pas la possibilité de leur poser cette question. Des clients entrèrent dans le café qui se remplit rapidement. Toutefois, cela n'empêcha pas ses pensées de suivre leur cours : Cela faisait trois jours qu'il avait retrouvé sa famille. Tout s'était bien passé avec ses filles. Par contre, il n'avait pas réussi à échanger plus de trois phrases de suite avec sa femme. A chaque fois, il y avait eu un obstacle : mauvaise humeur, livre à finir impérativement, présence d'une de leurs filles, . . . Satsuki ne semblait plus l'aimer ( Cette pensée faisait si mal qu'il fit une grimace de douleur ). Pourtant, il avait plusieurs fois senti son regard sur lui. Elle semblait si triste parfois et si indifférente et froide le reste du temps.
Katherina changea de place pour être à côté de lui. Les trois filles servaient leurs clients mais ne perdaient pas une image de cette scène. La jeune allemande posa sa main sur celle de Heinz.
- Ça ne va pas ? demanda-t-elle en allemand. C'est à cause de Satsuki ?
- Je ne comprends pas son comportement.
- Elle est peut-être amoureuse de quelqu'un d'autre mais elle n'ose pas te le dire.
- Non, les filles ont dit que leur mère n'avait pas de petit ami. Tu ne te souviens pas ? C'était le premier jour
- Oui, mais une mère ne dit pas toujours tout à ses enfants.
-Si elle avait une relation sérieuse avec un homme, je pense qu'elle le leur aurait dit. Et puis, nous sommes ici depuis trois jours et elle n'est pas sortie et n'a reçu ou donné aucun appel téléphonique sauf pour son travail. Quand j'étais absent, Satsuki ne pouvait pas passer une journée sans avoir de mes nouvelles.
- Qui te dit que son petit ami ne travaille pas dans sa maison d'édition ? Elle avait l'air de très bien s'entendre avec cette homme. Comment s'appelle-t-il déjà ? J'ai du mal à retenir les prénoms japonais.
- Taka, devina Heinz sans hésitation.
- Oui, c'est ça, confirma Katherina sentant que la jalousie du peintre s'était déjà fixée sur cet homme. Tu as remarqué comment il l'a regardée le soir où ils devaient dîner ensemble.
- C'était un dîner de travail, répondit-il avec plus ou moins de conviction. De toutes façons, avant le lever du soleil, je saurai tout. Quoi qu'il se passe ce soir, Satsuki et moi, nous allons avoir une grande conversation.
Dès que le dîner fut terminé, Mickaël Heinz se retira dans sa chambre. Il voulait réfléchir à ce qu'il allait dire à Satsuki et se préparer à toutes les réponses possibles. Son esprit ne parvint pas à chasser le souvenir de sa conversation avec Katherina : Était-il possible que sa femme et son éditeur . . . Rien que les imaginer s'embrassant faisait monter une bouffée de violence en lui. Il se força à se calmer : Satsuki lui avait toujours reproché sa jalousie . . . Contrairement à Katherina qui, elle, appréciait quand il se montrait possessif envers elle. C'était étonnant comme deux femmes pouvaient être à la fois si différentes et si proches. Toutes les deux mêlaient fragilité avec force; toutes les deux manquaient de confiance en elle; . . . mais Katherina avait besoin de paroles et Satsuki avait besoin d'actes. Un "je t'aime" suffisait à Katherina alors que Satsuki voulait un baiser. En fait, Katherina cachait sa force sous une apparente fragilité alors que Satsuki cachait sa fragilité sous une apparente force.
Vers 23H00, les bruits de la maison lui indiquèrent que c'était le moment du coucher. Le peintre prit son bloc de papier et le feuilleta, s'arrêtant sur les esquisses représentant sa femme : celle où elle avait l'air si triste qu'il mourait d'envie de la serrer dans ses bras, celle où elle semblait si indifférente qu'il aurait tout donné pour échanger un long regard avec elle, celle où elle était si plongée dans son travail qu'il résistait difficilement au désir de déposer un baiser dans son cou et enfin celle où elle regardait leurs filles avec tant de tendresse qu'il avait envie de simplement poser sa main sur la sienne.
Le silence régnait dans la maison tandis que Mickaël Heinz essuyait quelques larmes aux coins de ses yeux. Il se leva, devinant que Satsuki devait toujours travailler à son livre. Dans le couloir, la porte entrebâillée de la chambre de Rui lui apprit que ses trois filles tenaient un petit conseil. Une phrase d'Aï l'arrêta :
- Il faut continuer à éviter que Maman reste seule avec Papa.
Ainsi ce n'était pas le fruit du hasard s'il avait rencontré tant d'obstacles pour renouer une relation avec Satsuki. Mais leurs filles n'avaient aucun intérêt à les séparer, bien au contraire.
- Je trouve l'attitude de Papa très ambiguë, remarqua Hitomi. On dirait qu'il cherche à se rapprocher de Maman.
- Il veut rester ami avec elle, affirma sa soeur aînée.
Que racontaient-elles ? Il ne voulait pas être ami avec Satsuki. Il désirait beaucoup plus : Il était son mari.
- On dirait qu'il ne se rend pas compte qu'elle l'aime encore, dit Hitomi.
Cette phrase donna de l'espoir à Heinz tout en l'intrigant.
- Si je pouvais mettre cette Katherina à la porte ! ! ! s'exclama Aï.
Le ton agressif étonna son père. Qu'avait à voir Katherina dans cette histoire ? !
- Cela ne changera rien au fait que Papa est amoureux d'elle, objecta Rui. Tu ne réussiras qu'à le fâcher contre nous.
- Je suis amoureux de qui ? ! demanda leur père en poussant la porte de la chambre.
Les trois jeunes filles sursautèrent et le regardèrent avec étonnement. Il entra dans la chambre et s'assit sur le lit avec elles. Un silence suivit pendant lequel le peintre fixa les trois soeurs d'un regard interrogateur.
- Quelle est cette histoire ? ! demanda-t-il finalement.
- Katherina nous a tout dit sur vous deux, avoua Rui.
- C'est-à-dire ?
- Que vous étiez fiancés et que vous vous marierez dès que Maman et toi aurez divorcé, précisa Hitomi.
- Et elle n'arrête pas de faire des remarques à ce sujet devant Maman ! ajouta Aï qui avait plus de mal à contenir sa colère que ses soeurs.
- Quand vous a-t-elle dit ça ?
- Le premier jour, quand tu es allé téléphoner, répondit Hitomi. Elle nous a prévenu que tu ne voulais pas nous l'annoncer tout de suite et que nous devions garder le secret.
- Et votre mère le sait ?
- Oui, intervint Rui, je le lui ai dit dès qu'elle est rentrée.
- Elle a réagi comment ?
- Mal, bien sûr ! s'écria Aï. Cela fait plus de quinze ans qu'elle t'attend, tout ça pour apprendre que cette Katherina . . .
- Aï ! l'interrompit Rui.
- Non, elle a raison d'être en colère, dit leur père. Je suis heureux de voir à quel point vous aimez votre mère et vous la protégez.
- C'est normal, c'est notre mère, expliqua Hitomi. Elle s'est beaucoup sacrifiée pour nous. Elle ne voulait pas utiliser l'héritage qu'elle avait réussi à sauver. Elle disait qu'il était pour nous et qu'elle n'avait pas le droit d'y toucher. Comme elle n'avait aucun diplôme, elle a fait pas mal de petits boulots. Ce n'était pas facile mais nous n'avons jamais manqué de rien. Elle faisait toujours passer nos besoins avant les siens. Jusqu'au jour où elle a travaillé pour un écrivain étranger : Elle le conseillait sur les traditions japonaises.Il a lu par hasard une histoire qu'elle avait écrite. Elle a plu au directeur de la maison d'édition et maintenant elle est connue même aux Etats-Unis. Mais elle nous fait toujours passer avant son travail et avant elle-même.
Ses deux soeurs approuvèrent. Mickaël Heinz reconnaissait bien sa femme dans ce récit. Il aurait aimé en savoir plus mais ce n'était pas le bon moment.
- Je vais vous demander quelque chose qui vous plaira, dit-il en souriant.
- Quoi ? demanda Hitomi.
- Oubliez ce que Katherina vous a dit. Je ne lui ai jamais demandé de m'épouser. J'ai déjà quatre femmes dans ma vie et cela me suffit amplement.
- Quatre ? ! s'étonna sa plus jeune fille.
- Oui : Rui, Hitomi, Aï et Satsuki.
Les trois soeurs le regardèrent sans oser croire ce que cette phrase signifiait.
- Cela veut dire, avança prudemment l'aînée, que tu es toujours amoureux de Maman ?
- Bien sûr ! d'ailleurs, je ne vois pas comment on peut cesser d'aimer votre mère. Hey ! Du calme, mesdemoiselles ! s'exclama-t-il tandis qu'elles sautaient à son cou pour l'embrasser.
- Il faut le dire à Maman tout de suite ! s'écria Hitomi.
- Elle va être folle de joie ! continua Aï.
- Hum ! Si ça ne vous gêne pas, intervint leur père, je préfère le lui dire moi-même. Quant à vous, je crois que vous avez largement dépassé l'heure à laquelle les petites filles vont se coucher.
Les soeurs montrèrent leur mécontentement d'être appelées "petites filles". Cependant, chacune alla dans sa chambre et se coucha.
Mickaël Heinz s'arrêta à la porte du salon. De là, il observa sa femme : Des livres de géographie et de tourisme étaient étalés sur la table basse autour d'un ordinateur portable et d'un bloc de papier. Satsuki tapait sur le clavier tout en consultant ses notes et les bouquins. Maintenant qu'il savait qu'elle l'aimait, allait-il déposer un baiser dans son cou ? Il s'approcha et s'agenouilla à côté d'elle.
- Mickaël ? ! Tu as besoin de quelque chose ? s'inquiéta l'écrivain.
- Je n'aurai bientôt plus besoin de rien.
- . . . ? !
Il approcha la main de son visage. Elle eut un mouvement de recul. Il accrocha une mèche derrière son oreille et lui caressa tendrement la joue.
- Tu ne crois pas qu'il est l'heure de dormir ? demanda-t-il.
- Non, dit l'écrivain en se replongeant dans son travail. Il faut absolument que je finisse ce chapitre avant demain. Après, il ne m'en restera plus qu'un.
Elle s'étira pour soulager son dos, courbaturée de demeurer si longtemps assise. Heinz recula un peu et lui massa le dos et les épaules. Satsuki laissa échapper un soupir de bien-être. Son mari sourit et entoura ses épaules avec ses bras.
- Michel ! ! ! s'écria-t-elle.
- J'adore quand tu m'appelles comme ça ( Il l'embrassa sur la joue. ). Comment as-tu pu croire que je ne t'aimais plus ? ( Il l'embrassa au coin des lèvres. ) Tu ne te rappelles pas ce que je t'ai dit le soir de notre mariage : " Quel que soit notre futur, je te jure de t'aimer jusqu'à ma mort et au-delà." ? ( Il l'embrassa sur les lèvres. )
Le baiser se prolongea tandis que des larmes coulaient sur les joues de Satsuki.
- J'espère que ce sont des larmes de bonheur, dit Mickaël en les essuyant.
Sa femme se serra contre lui, cachant ses sanglots contre sa poitrine. Heinz caressa ses cheveux en lui murmurant des mots d'amour. Puis il éteignit l'ordinateur, la souleva et la porta jusqu'à leur chambre. Ensemble, ils redécouvrirent leur amour.
Quelques rayons de soleil filtraient entre les rideaux. Le réveil indiquait 08H00. Satsuki dormait paisiblement, la tête posée sur le torse de Mickaël. Celui-ci était déjà réveillé. Son bras droit entourait la taille de sa femme et ses doigts caressaient légèrement son ventre. Elle poussa un soupir et passa ses bras autour du cou de son mari. Il suspendit tous ses gestes pour écouter son éveil. Elle releva la tête et lui sourit d'un air encore endormi.
- Tu es réveillé depuis longtemps ?
- Une demi-heure environ. Je n'ai pas droit à un baiser ?
Elle l'embrassa. Il la fit basculer de manière à se retrouver sur elle.
- Tu ne regrettes pas cette nuit ? demanda-t-il.
- Pourquoi la regretterai-je ? Tu la regrettes, toi? questionna-t-elle avec inquiétude. Je sais que je ne suis pas . . .
- Chut ! l'interrompit Mickaël en lui posant un doigt sur les lèvres. Je l'ai adorée. Je n'avais pas passé une aussi bonne nuit depuis quinze ans. Mais, tu étais prête à me laisser partir avec Katherina sans rien dire, sans te battre.
Une ombre passa et s'attarda sur le visage de Satsuki. Tout le bonheur qui se lisait sur son visage disparut. Durant toute cette nuit, elle avait complètement oublié Katherina. Mickaël était fiancé avec Katherina. Ils n'auraient donc pas dû passer cette nuit ensemble même si elle n'éprouvait aucun remords.
- Tu ne dis plus rien ? intervint son mari, coupant le cours de ses pensées.
- Je réfléchissais. Tu crois qu'elle acceptera de rompre vos fiançailles.
- On ne peut pas rompre nos fiançailles.
Il vit une vive inquiétude se peindre sur le visage de sa femme. Il n'aimait pas lui faire mal. Pourtant, il savait que c'était le seul moyen d'amener Satsuki à exprimer sa colère et sa jalousie envers Katherina. Elle refusait toujours d'exprimer ses sentiments négatifs ( Il maudit, pour la énième fois, les parents de Satsuki qui lui avaient appris qu'une femme devait être soumise et accepter tout de son mari.). Seule une forte douleur pouvait lui faire assez perdre le contrôle d'elle-même pour qu'elle en parle. Selon lui, c'était essentiel pour que leur couple reste soudé.
- Que penses-tu de Katherina ?
- . . . Rien de particulier, répondit-elle après une hésitation.
- Tu crois que, si nous nous marions, nous serons heureux ?
- Non ! Elle est trop imbue d'elle-même et impolie.
Mickaël sourit intérieurement : Il l'avait amenée là où il souhaitait. Mais la confession n'était pas finie.
- Tu n'as pas l'air de beaucoup l'aimer. Elle est pourtant très belle.
- Elle est très belle et elle sait très bien mettre sa beauté en valeur. Mais elle en a un peu trop conscience. Elle croit qu'elle peut avoir tout ce qu'elle veut.
- Serais-tu jalouse d'elle ? Pourtant, tu n'as rien fait pour nous séparer.
- On ne peut rien faire contre l'amour. Si tu l'aimais, je n'avais plus qu'à pleurer en silence.
Deux larmes coulèrent sur ses joues. Mickaël les sécha rapidement.
- Mais c'est toi que j'aime, mon coeur, murmura-t-il à son oreille.
- Comment allons-nous faire alors ? Pourquoi ne peux-tu pas rompre ces fiançailles ?
- On ne peut pas rompre des fiançailles qui n'ont jamais été célébrées. Je n'ai jamais demandé Katherina en mariage. Je n'ai même jamais eu l'idée de me marier avec Katherina.
- Alors pourquoi a-t-elle dit ça ?
- Eh bien . . . Nous avons eu une aventure ensemble quand j'étais amnésique. J'ai rompu quand j'ai retrouvé la mémoire. Mais, même avant, je n'ai jamais pris cette histoire au sérieux.
- Apparemment, elle ne pensait pas la même chose. Il faudrait que tu lui parles.
Satsuki se dégagea de l'emprise de Mickaël et s'assit au bord du lit.
- Hey ! Où vas-tu ? ! Katherina doit dormir, je lui parlerai plus tard. Nous avons le temps de finir la nuit agréablement.
- La nuit est finie depuis longtemps, Michel, répondit-elle en ramassant ses vêtements éparpillés sur le sol de la chambre.
- S'il-te-plait, Satsuki-chan.
- J'ai rendez-vous avec Taka à 10H00. Mon livre devrait être fini et il me reste tout un chapitre à écrire.
- Justement, ce n'est pas la peine que tu y ailles. Reste avec moi, ma chérie.
- Si je n'y vais pas, Taka-kun va me tuer.
- Si je comprends bien, dit Heinz laissant sa jalousie refaire surface, tu préfères ton éditeur à ton mari ! ?
- Mickaël, tu ne vas pas me faire une crise de jalousie après cette nuit ? !
- Je le trouve trop familier avec toi, comme si . . .
Une idée traversa soudain son esprit. Satsuki lut sur son visage ce qu'elle aurait préféré qu'il continue à ignorer. Face à la crise de jalousie imminente, elle préféra la fuite.
- Je vais prendre une douche, dit-elle en ouvrant la porte.
- Tu as eu une aventure avec ce type.
C'était une affirmation, non une question. Elle se sentit rougir sous ce regard accusateur.
- C'est du passé, avança-t-elle timidement. Nous sommes simplement amis maintenant.
- Je ne crois pas à la possibilité d'une amitié entre un homme et une femme.
- Je ne peux quand même pas demander au directeur de ma maison d'édition d'avoir quelqu'un d'autre que Taka. Il ne comprendrait pas et je me vois mal lui dire que c'est à cause de la jalousie de mon mari.. En plus, ce serait insultant pour Taka qui a toujours très bien fait son travail. Donc il n'y a qu'une solution, conclut-elle avec une lueur triste dans les yeux. Je vais arrêter d'écrire. Comme ça, je ne verrais plus Taka.
- Mais tu aimes écrire, non ?
- Oui, mais je t'aime aussi, toi, et tu es mon mari.
- Et une femme doit faire tout ce que son mari lui dit, n'est-ce-pas ? demanda-t-il sur un ton de doux reproche. Nous en reparlerons plus tard, ma chérie. Tu vas être en retard pour ton rendez-vous. Un petit baiser avant de partir ?
Après son petit-déjeuner, Satsuki prévint sa fille aînée qu'elle ne déjeunerait peut-être pas avec eux. Puis elle partit.
Satsuki ne rentra chez elle que vers 17H30. L'appartement était vide. Elle descendit au café. Ses filles et son mari y étaient : Rui lavait de la vaisselle, Hitomi servait des clients, Aï était assise au comptoir à côté de son père qui buvait un café. L'écrivain s'assit à côté de lui sans que quelqu'un ne remarque son arrivée. Tous étaient silencieux.
- Tu peux me servir un thé, Rui-chan ?
- Excuse-moi, Maman, je ne t'avais pas vue.
- Je m'en étais aperçu ! Vous semblez perdus dans vos pensées tous les quatre.
- C'est parce que nous nous demandions si, toi, tu ne t'étais pas perdue dans Tokyo, répondit Heinz qui semblait de mauvaise humeur.
Les trois filles regardèrent leur père avec étonnement. Satsuki prit un air inquiet et désapprobateur : Elle n'aimait pas les crises de jalousie en public.
- J'avais prévenu Rui que je ne savais pas à quelle heure je rentrerai.
- Tu ne m'as rien dit à moi !
- Je suis désolée, Mickaël. Je pensais te l'avoir dit.
Au lieu de le calmer, ces excuses augmentèrent sa colère :
- Désolée, désolée ! Tu es toujours désolée dès que je te fais un reproche qu'il soit justifié ou non. Tu n'as donc aucune fierté, aucun esprit combatif que tu t'aplatis toujours devant moi ? !
Elle le fixa, incapable de répondre. Ils étaient le point de mire de tous les clients.
- Je pourrais faire les pires conneries : te tromper, me saouler, te battre, t'insulter, . . ., continua-t-il. Tu t'excuserai encore. Merde ! C'est pas un paillasson que je veux, c'est une femme !
Là-dessus, il se leva et monta à l'appartement. Satsuki resta silencieuse tandis que la salle s'emplissait de murmures. Aï vint se serrer contre elle :
- Il ne le pensait pas, Maman. Je suis sûre qu'il ne pensait pas un mot de ce qu'il a dit.
- Je sais, mon coeur.
Hitomi et Rui s'étaient, elles aussi, approchées pour soutenir leur mère.
- Il s'est passé quelque chose pendant mon absence ? . . . Au fait, où est Katherina ?
- Elle a pris un avion pour l'Allemagne en début d'après-midi, répondit Hitomi.
- Elle s'est disputée avec Papa, expliqua Rui. Ils criaient si fort que nous avons tout entendu. Heureusement, ils parlaient en allemand, les clients n'ont rien compris.
- Ils se sont disputés dans le café ? ! s'étonna Satsuki.
- Non, dans la salle à manger. Mais on entendait tout quand même. Katherina a dit des choses très méchantes sur toi. Je crois que c'est pour ça que Papa est de mauvaise humeur.
- Alors, ce n'est pas la peine de s'inquiéter, les enfants. Demain, peut-être même dès ce soir, Papa s'excusera pour ce qu'il vient de dire.
- Tu es sûre ? demanda Aï.
- Oui, je connais très bien votre père. Sa colère va retomber et il sera à nouveau très gentil. En attendant, j'aimerai bien boire un thé, moi.
- Je te le sers tout de suite, Maman, dit Rui.
Satsuki était convaincue de ce qu'elle venait de dire. Elle but donc sereinement son thé. Bien que rassurées, les trois soeurs ne perdirent pas leur air préoccupé.
Peu après, Satsuki entra dans sa chambre. Mickaël était allongé sur le ventre, en travers du lit. Il semblait dormir. Sa femme prit ce dont elle avait besoin pour travailler et sortit. Au dîner, elle mangea seule avec ses filles : Il n'avait même pas répondu quand Aï lui avait dit que le repas était prêt. Quand Satsuki se coucha, il était déjà dans le lit. Il était allongé sur le côté au bord du matelas, lui tournant le dos. Elle fit de même de son côté avec une pointe de tristesse. Elle était couchée depuis un quart d'heure quand elle le sentit qui se rapprochait d'elle.
- Satsuki-chan, murmura-t-il, tu dors ?
- . . . ( Elle estima qu'un peu de monologue lui ferait du bien. )
- Tu es fâché. Je comprends, je le mérite. Tu sais, je ne pensais pas ce que j'ai dit cet après-midi. Tu es et seras toujours ma Japonaise préférée.
Heinz attendit la réponse habituelle de Satsuki à cette remarque : " Cela veut dire que tu as une femme préférée dans chaque pays ? ! ". Rien ne vint troubler le silence. Il appuya son front contre la nuque de Satsuki.
- Je n'étais pas en colère contre toi, mon ange, reprit-il. C'était contre Katherina et surtout contre moi-même que j'étais en colère. Elle a dit tellement de choses horribles sur toi. Et moi, je ne savais pas toujours quoi répondre à ses accusations . . . Pas parce qu'elles m'étonnaient . . . Au contraire, c'est parce que j'y avais pensé moi-même que je ne pouvais pas y répondre.
Satsuki entendit les larmes qui se trouvaient dans cette dernière phrase. Un sanglot les lui confirma. Elle se retourna. Il cacha son visage dans son cou.
- Je m'en veux tellement. Tu es si gentille, si patiente. Moi, je te fais une crise de jalousie le lendemain de nos retrouvailles.
Satsuki se contenta de caresser les cheveux de son mari. Peu à peu, les sanglots se calmèrent. Ils s'endormirent l'un contre l'autre sans prononcer un mot de plus.
Les jours qui suivirent furent remplis de pur bonheur pour Satsuki et Mickaël. Ils se conduisaient comme deux jeunes amoureux. Mickaël, s'il était toujours jaloux de Taka, ne le montrait plus. Au bout d'une semaine pourtant, Satsuki parut préoccupée. Son mari, lui, était toujours sur un petit nuage rose. Il ne s'était pas aperçu que, depuis une semaine, leurs filles avaient perdu leur joie de vivre et leur entrain naturel. C'était particulièrement visible chez Rui qui passait de plus en plus de temps enfermée dans sa chambre. Un soir où elle avait travaillé tard, Satsuki passa voir ses filles. Cela lui arrivait souvent : elle les regardait dormir un moment, les embrassait puis se couchait. Ce soir-là, Rui était réveillée :
- Maman ? ! Que se passe-t-il ?
- Rien. Je venais juste voir si tu dormais bien.
- Pourquoi ?
- Oh, pour rien. J'aime bien vous regarder dormir de temps en temps. Cela me rappelle quand vous étiez petites.
Elle caresse la joue de sa fille.
- Qu'est-ce qui te préoccupe autant, Rui-chan ?
Ce geste tendre et cette simple question déclenchèrent des larmes.
- Calme-toi, ma chérie. Dis-moi ce qui ne va pas.
- Est-ce vrai que, Papa et toi, vous ne vouliez pas que je naisse ?
- Qui t'a mis cette idée dans la tête ? ! s'étonna sa mère.
- Katherina nous l'a dit et, quand ils se sont engueulés, elle a dit que vous vous étiez mariés uniquement parce que tu étais enceinte de moi.
- Tu devrais savoir qu'il ne faut pas croire tout ce que Katherina raconte . . . Toutefois, il est vrai que nous nous sommes mariés parce que j'étais enceinte.
- Alors, c'est vrai, vous ne vouliez pas de moi ? demanda la jeune femme avec angoisse.
Satsuki sourit. Elle s'allongea dans le lit et serra sa fille contre elle. Elle commença à raconter :
" La première fois que j'ai rencontré Papa j'avais 16 ans. Il habitait à côté de chez moi. Mes parents avaient trouvé un fiancé qui, d'après eux, me convenait. Comme moi, il venait d'une famille riche et avait des ancêtres honorables et honorés. Mais il habitait Hokkaido alors que j'habitais à Kobe. Mickaël était déjà un peintre réputé. Mes parents lui ont donc demandé de faire mon portrait pour l'envoyer à mon futur époux ( cela faisait plus chic qu'une photographie ). Ils ont été tellement contents de cette peinture qu'ils lui ont demandé de nous peindre tous les trois et de faire un autre portrait de moi pour eux. Au fur et à mesure des séances de pose, nous sommes tombés amoureux. Ton père m'a rapidement fait sa déclaration. J'ai attendu un an avant d'accepter d'y répondre ( j'ai été élevée selon des principes très rigoureux.).Nous avons eu un premier rendez-vous secret. Puis, d'autres ont suivi. Je cachais tout à mes parents : Ils m'avaient déjà choisi un fiancé et ils n'auraient jamais accepté un gaijin dans leur famille. Et puis, un matin, je me suis réveillée avec des nausées. Cela s'est reproduit les jours suivants. Ma mère a rapidement compris que j'étais enceinte. J'ai refusé de dire qui était le père. Toutefois, ce n'était pas très difficile à deviner étant donné que je voyais très peu d'hommes. Mon père s'est rendu chez Mickaël pour laver l'honneur de la famille. Pendant ce temps, ma mère a préparé une décoction de plantes pour me faire avorter. Mais moi, dès que j'ai appris ma grossesse, j'ai aimé de tout mon coeur ce petit être qui grandissait en moi. Quand j'ai compris le but de la boisson de ma mère, j'ai refusé catégoriquement. Ma mère a facilement capitulé, trop facilement. J'ai vite deviné qu'elle comptait la diluer dans mon prochain repas. Alors, je me suis enfuie. Je suis allée droit chez Mickaël. Il tournait en rond en se demandant ce qu'il devait faire.
- Satsuki ? ! Que fais-tu là ? Ton père m'a interdit de te revoir.
Je ne répondis rien car une idée s'était imposée à mon esprit : Moi, j'étais heureuse de porter son enfant. Mais, lui, qu'en pensait-il ?Il sembla embarrassé par mon silence.
- Je me demande comment il a pu savoir. Je pensais pourtant avoir pris toutes les précautions pour que notre amour reste secret.
- Mon père ne t'a pas dit pour . . . ? ! m'étonnais-je.
- Pour quoi ? Il m'a reproché d'avoir abusé de ta naïveté et m'a interdit de te revoir. Il m'a même ordonné de quitter le Japon ! Il m'a soutenu qu'il ne pouvait pas y avoir d'amour entre toi et moi et que notre couple n'avait aucun avenir. Si ça n'avait pas été ton père, . . .
Mickaël était très en colère. Je ne l'avais jamais vu comme ça.
- Excuse-moi, ma chérie, je t'ai fait peur. Raconte-moi ce que ton père a oublié de me dire.
- . . . Mickaël, est-ce que tu m'aimes ?
- Quelle question ! ! ! Bien sûr, je t'aime, répondit-il en me prenant dans ses bras. Tu es ma Japonaise préférée.
- Cela veut dire que tu as une femme préférée dans chaque pays ?
- . . . Oui, mais je les ai toutes abandonnées pour toi. Maintenant que tu es rassurée, dis-moi ce qui se passe.
- Michel, je suis enceinte.
- Ce n'est pas possible ! s'écria-t-il en me lâchant.
Je sentis mon angoisse augmenter : qu'allais-je devenir s'il ne voulait pas de notre bébé ? A cette époque, être mère célibataire était impensable au Japon. En plus, je n'avais aucun moyen de subvenir toute seule à mes besoins et à ceux du bébé. Je me retournais et appuyai mon visage contre une fenêtre pour qu'il ne voie pas mes larmes.
Mickaël s'approcha de moi, défit la ceinture de mon kimono et caressa mon ventre :
- J'ai du mal à croire que notre bébé est là. Ça ne se voit pas encore, ton ventre est toujours aussi plat . . . Tes parents le savent ? Ils ne pourront pas refuser notre mariage.
- Ils veulent que j'avorte, répondis-je en éclatant en sanglots.
Mickaël me serra dans ses bras et me réconforta. Deux heures après, nous partions pour Tokyo. Ton père voulait que ma grossesse soit suivie par un spécialiste réputé. Six mois après tu es née et ça a été le plus beau jour de notre vie."
Satsuki conclut son récit en embrassant sa fille.
- Alors tu vois, reprit-elle après un silence, c'est vrai que nous n'avions pas prévu ta naissance. Mais nous l'avons attendue avec impatience. Nous t'avons toujours aimée, mon ange.
- Moi aussi, je vous aime, répondit Rui après avoir embrassé sa mère.
- Vous croyez que c'est une heure pour vous faire des déclarations d'amour ? !
Mickaël Heinz se tenait debout, près du lit. Sa femme et sa fille ne l'avaient pas entendu entrer.
- Quelle heure est-il ? demanda Satsuki.
- 02H00 ! Cela fait des heures que je t'attends. J'aimerai dormir, moi.
- Nous ne t'empêchions pas de dormir.
- Si, je ne peux pas dormir sans toi.
Il embrassa sa fille, souleva sa femme et la porta vers leur chambre.
- Bonne nuit, Rui-chan.
- Bonne nuit, Maman. Bonne nuit, Papa.
FIN

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