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Les nouvelles aventures de Fairy Tail : la princesse au bois rêvant

Usagi-chan

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Niveau : [G] Résumé : Le futur est-il vraiment déjà écrit, et notre destin tout tracé ? Nous, on n’y croit pas une seule seconde ! Nous sommes des mages de Fairy Tail, et notre avenir, il n’y a que nous qui puissions en décider ! Si tu n’aimes pas ce que tu vois, alors lève-toi et bats-toi pour que demain existe !

Disclaimer : La plupart des personnages ainsi que l'univers appartiennent à Hiro Mashima. Les personnages qui ne font pas partie de Fairy Tail sont à moi.


Chapitres : 1 . 2 . 3 . 4 . 5 . 6 . 7 . 8 . 9 . 10 . 11 . 12 . 13 . 14 . 15 . 16 . 17 . 18 . 19 . 20 . 21 . 22 . 23 . 24 . 25 . 26 . 27 . 28 .
Chapitre 26 :: Et la lumière fut … S’il-vous-plait, entendez ma prière ! Faîtes que l’on puisse rentrer tous ensemble à Fairy tail !

Le regard cyan de Yume se planta directement dans les prunelles noires de son ennemi.

- Ma très, très chère prêtresse, annonça Kyouaku de sa voix mielleuse et réjouie, je vous rencontre enfin…

………………………………...

Alors qu’ils courraient à perdre haleine à travers les couloirs, Erza observait son nouvel acolyte. Ami ? Ennemi ? Pouvait-elle réellement prendre le risque de lui faire confiance ? N’avait-elle pas été trop hâtive dans sa décision ?
Soudain, la jeune femme perçut une écrasante pression magique ainsi qu’une effroyable colère, alors qu’une violente bourrasque l’effleurait pour aller percuter Yoru, et le clouer à une paroi, le visage pressé contre la pierre.

- Toi ! Retentit la voix courroucée de Shin. Je vais te faire payer ta trahison !

La silhouette du jeune homme apparut dans le champ de vision de la rouquine, et se jeta sur son ennemi, une lame de vent affûtée enveloppant sa main droite, s’apprêtant à frapper sans la moindre clémence. Titania n’eut que le temps de bondir pour atterrir sur le dos du mage de vent et le plaquer au sol, une main immobilisant le bras armé, l’autre coinçant le cou du mage dans une position peu confortable. La bourrasque retomba.

- Attendez ! exigea-t-elle, sans réellement laisser le choix à Shin, qui se retrouvait écrasé sous son poids et celui de son armure du quotidien.

Pas évident de respirer sous l’imposante autorité de la reine des fées ! Mais aveuglé par la colère, il se débattit :

- Qu’est-ce que ça veut dire, Erza-san ?! Vous savez qui il est et ce qu’il a fait, n’est-ce pas ?
- Bien sûr, répondit-elle plus doucement mais sans le relâcher pour autant. Cependant, j’ai de bonnes raisons de croire qu’il désire faire pénitence, et a été manipulé par Kyouaku.
- C’est ce qu’il vous a dit ? rétorqua Shin. Ne l’écoutez pas, ce type ment comme il respire !

Yoru s’approcha d’eux avec un sourire moqueur.

- Alors gamin, on se fait toujours maîtriser par les femmes à ce que je vois, s’esclaffa-t-il.

Mais à la vision du visage mécontent de la reine des fées et à la souvenance de la défaite douloureuse qu’elle lui avait infligée, il préféra s’arrêter sur sa lancée, il n’était pas vraiment en mesure de l’affronter une nouvelle fois.

- Vous n’aidez pas vraiment, là ! S’exclama-t-elle. Shin, je vais vous relâcher, mais s’il-vous plait, écoutez-moi avant de vouloir exercer votre vengeance. L’heure et grave, nous n’avons pas de temps pour cela. Vos amies et par conséquent notre monde sont en danger. Vous aurez tout le loisir de l’affronter lorsque le problème sera réglé si vous le souhaitez toujours. A condition que nous soyons toujours vivants !

Shin cessa de se débattre, Erza l’interpréta comme un consentement muet et décida d’enfin le relâcher. Le jeune homme se redressa en se frottant le cou. Elle n’y était pas allée de main morte !
La reine des fées exposa rapidement les faits au blond, lui relatant son combat contre le colosse, ainsi que leur échange et enfin ses déductions. Yoru, le visage fermé, acquiesçait en silence. La méfiance et la colère n’avaient quitté le visage de Shin de toute la conversation, mais lorsqu’Erza lui confia les intentions de Kyouaku, son visage blêmit. Il jeta un rapide coup d’œil mauvais à Yoru et s’adressa à la reine des fées :

- Et pourquoi viendrait-il avec nous ? Il est la raison de tout ce chaos. S’il nous trahit au mauvais moment, nous…
- S’il nous trahit, je lui enfonce ma lame dans la gorge, l’interrompit sombrement Titania et Yoru frémit de l’intensité de sa voix et de la férocité qu’elle dégageait.

Shin déglutit. Il fut un instant effrayé et se félicita brièvement de ne pas être l’objet de cette menace. Il acquiesça rapidement, et ils repartirent tous les trois en direction des ténèbres.

………………………………..


- Je l’ai trouvé !

Une voix forte et empreinte de soulagement lui transperça les tympans. Il avait mal absolument partout, son corps lui semblait être en miette. Mais par delà la douleur lancinante qui lui vrillait le crâne, il avait reconnu cette voix masculine. Que faisait-il là ? N’avait-il pas donné un ordre ? Décidément, la jeunesse n’en faisait vraiment qu’à sa tête !

- Chuujou ? appela-t-il faiblement. C’est toi ? Qu’est-ce que tu fiches ici ?

Ouch ! Parler lui déchira la gorge et la poitrine. Il était encore plus mal en point que ce qu’il avait cru. Et pourtant, il n’en menait déjà pas large !

- Oui, Maître. Je suis désolé, je n’ai pas pu vous laisser, répondit le jeune homme en le débarrassant d’un débris qui lui comprimait les jambes.

Dans le même temps, une langue d’eau souleva les pierres recouvrant son ventre et le bas de sa poitrine, lui permettant de respirer plus confortablement, alors qu’une pelle de glace dégageait son bras droit. Il était libre.

- Gray et Juvia je suppose ? devina-t-il en tentant de reconnaître les visages qui apparaissaient autour de lui.

Il avait vraiment du prendre un gros coup sur la tête, il ne voyait que des tâches de couleur floues. Mais petit à petit, sa vision se précisa et il put discerner les traits concernés des deux mages de Fairy Tail, et ceux, mêlant soulagement et inquiétude de son futur gendre. S’il survivait assez longtemps pour assister à la noce… Tairyoku retint un rire triste. Cela lui paraissait compromis. Au moins, ces trois là étaient en vie. Ils avaient menés de dures batailles, comme en attestaient leurs nombreuses blessures, mais s’en étaient sortis.
Le maître de Dreaming Light s’attarda sur son propres corps. A mesure qu’il s’éveillait complètement, il se rendit compte que celui-ci n’était pas en si mauvais état qu’il l’avait d’abord pensé. Cependant, sa réserve de magie avoisinait le néant absolu. Mais pire, il sentait en lui que la maladie avait largement gagné du terrain suite à son dernier combat. Il était aux portes de la mort.

- Tu n’aurais pas dû revenir, Chuujou, soupira-t-il.
- Je sais, répondit ce dernier, mais je n’ai pas pu me résoudre à vous abandonner.

Puis, il s’adressa aux deux mages de Fairy Tail :

- Gray, Juvia, je vous confie mon maître. Je vais retrouver Yume.
- Non, nous venons avec vous Chuujou-san, protesta la mage de l’eau. Vous aurez besoin de nous.
- Ouais, acquiesça Gray. Tout seul, ça craint. Et nous aussi on a des potes là-bas, qui vont avoir besoin de nous.
- Mais…
- Attendez, les interrompit Tairyoku, grave, coupant les protestations de Chuujou. Avant que vous ne partiez tous les trois ensembles, j’ai quelque chose à vous avouer. Ecoutez-moi sans m’interrompre, voulez-vous ?

Il fallait qu’ils sachent, qu’ils puissent expliquer à ses filles, leur dire pourquoi il avait succombé. Alors que les trois jeunes mages lui adressèrent chacun un signe de tête affirmatif, Gray et Juvia échangeairent rapidement un regard inquiet, chacun s’enquérant de l’approbation de l’autre. L’homme regarda Chuujou droit dans les yeux, et se lança :

- Je suis mourant…
- Maître, ne dîtes pas… s’exclama Chuujou, alarmé.
- J’ai dit sans m’interrompre ! tonna Tairyoku.

L’effort lui arracha une quinte de toux, mais il reprit néanmoins :

- Je suis malade. J’ai contracté le cancer du mage il y a des années de cela. Je n’ai mis personne d’autre que ma bien-aimée et défunte femme au courant. Tant qu’elle était en vie, elle me soignait de son mieux, mais depuis son décès, la maladie n’a cessé de se propager. Aucune de mes deux filles ne le sait, et si elles ne l’ont jamais vu en rêve, c’est certainement qu’elles n’étaient pas sensées le savoir. Et au vu des responsabilités qui pesaient sur leurs épaules, j’ai préféré les épargner. Elles n’avaient pas besoin de ça.

L’homme fit une pause et reprit son souffle. Parler longuement lui était vraiment ardu.

- Aujourd’hui, continua-t-il néanmoins, ma magie est presque entièrement contaminée, et mon corps est au bord de la rupture. Il ne tiendra plus longtemps. C’est pourquoi, je te demande, Chuujou, de rejoindre mes filles et de les protéger à ma place. Et vous, fiers combattants de Fairy Tail, puissiez-vous les épauler dans leur lourde tâche, pour le salut de notre monde. Je sais que je n’ai aucun droit de vous réclamer quoi que ce soit, mais je n’ai plus qu’elles, et elles détiennent le sort de l’humanité entre leurs mains…

Un court silence s’abattit sur le petit groupe, le temps qu’ils digèrent ces paroles. Chuujou sembla vouloir protester, mais il avait compris les paroles de son maître et savait qu’il ne pouvait lui désobéir. Malgré tout ce qu’il pourrait dire, Tairyoku avait fait son choix, un choix digne du maître de guilde et du père qu’il était, autant pour les deux jumelles que pour son frère et lui, et malgré la tristesse qu’il ressentait, il ravalerait ses larmes et le respecterait. Il aurait tout le temps pour pleurer après leur victoire. Plus que jamais, il devait sauver Yume et Mirai.

Soudain, un cri inhumain, mêlant douleur, colère et désespoir retentit de l’une des tours du manoir, leur glaçant le sang. Les quatre mages tournèrent instinctivement le visage dans sa direction. Une incroyable lumière noire s’échappait des débris du donjon. Sans qu’ils aient même le temps de s’interroger, les pierres autours d’eux se mirent à trembler, le sol à se déchirer. C’est avec horreur qu’ils virent l’Enfer émerger.

…………………………………

- Libérez ma sœur ! rétorqua la prêtresse pour ne pas se laisser impressionner.

Elle était inquiète pour elle, mais était soulagée de ne pas avoir à lui faire face pour l’instant. Le déroulement des événements avaient semblé les mener droit vers l’accomplissement de la prophétie, mais l’arrivée imprévue de Fairy Tail et le fait que sa jumelle ne soit visiblement pas dans le camp ennemi, laissaient l’espoir poindre à nouveau dans son cœur. Il se réchauffa sensiblement, lui redonnant courage.

- Cette chère Mirai ? répondit Kyouaku avec un signe de tête vers la silhouette inanimée, sans se départir de son sourire ni lâcher Yume des yeux. Je ne pense pas que cela soit possible. Nous avons tous les deux besoin de sa présence ici, n’est-ce pas ?

Sans vraiment comprendre ces insinuations, Yume choisit de ne pas relever pour ne pas rentrer dans le jeu malsain de Kyouaku. Il était hors de question d’écouter et encore moins de donner de l’importance à ses paroles venimeuses, elle connaissait déjà leur pouvoir, merci bien. Elle ne se laisserait pas manipuler. La colère lui avait éclaircit les idées.
Elle était là, enfin. Enfin face à l’ennemi. Soulagée, car réalisant que toute cette longue et angoissante attente était finalement terminée, transportée par la possibilité de sauver sa famille, galvanisée par la sensation de l’adrénaline imprégnant chaque fibre de son corps. Et puis, enfin, elle le sentait. Elle se souvenait. Elle était puissante. Elle se savait puissante. Pouvoir de la lumière sacrée ou non, la magie de la nature coulait dans ses veines, nourrissait ses muscles, arpentait ses nerfs. Elle était bien loin de ne savoir que guérir. Elle savait combattre. Avait des êtres chers à protéger. Sa poitrine se réchauffa. Elle pouvait gagner.

- Je vois que vous êtes venue accompagnée, reprit le jeune homme en reportant son attention sur Wendy.

Celle-ci se tenait aux côtés de la prêtresse et détaillait le mage sombre de regard. Sa silhouette fine et élancée au torse nu et svelte, ses prunelles ténébreuses braquées sur elle et encadrées de mèches d’un noir de geais, le rendaient très séduisant. Mais son sourire si affable qu’il en était inquiétant, et surtout les traces de sang frais maculant le sol à ses pieds mettaient la jeune mage mal à l’aise.

- Tout ne s’est pas passé comme prévu avec toi, petit dragon, reprit Kyouaku, mais tu m’as finalement ramené la prêtresse. Pour cela je te remercie, mais je te prierai maintenant de te tenir tranquille.

A ces mots, le mage sombre pointa son index sur Wendy et un rayon très fin d’un noir profond s’en échappa, puis s’élargit pour former un filet. Il manqua de peu la fillette, qui, mue par ses instincts de Dragon Slayer plongea sur le côté, emportant Sharuru avec elle. Le sort s’écrasa sur le sol, y laissant des marques fumantes. La jeune chasseuse déglutit en se félicitant d’y avoir échappé, mais n’eut pas le loisir de s’y attarder.

Avisant son amie saine et sauve, et surtout libre, Yume se sentit pousser des ailes et profita de l’inattention de Kyouaku pour passer à l’attaque, alors que Sharuru fonçait sur Mirai. La prêtresse se concentra, et d’épaisses branches brunes brisèrent soudain le sol de la pièce pour s’enrouler autour du corps gracile, mais celui-ci l’évita d’une habile pirouette.
Wendy décida de porter main forte à la jeune femme afin d’augmenter sa vitesse, sa puissance et ses défenses grâce à ses enchantements :

- Par la rapidité des vents qui courent les cieux, VERNIER ! Par la puissance des bras qui déchirent les cieux, ARMS ! Par la robustesse du bouclier qui protège les cieux, ARMOR !

La mage de Dreaming Light ressentit alors ses forces se décupler davantage, et loin de se laisser ébranler par son échec, continua son assaut, manipulant le bois, dirigeant les lianes, harcelant sans cesse l’adversaire qui se contentait de les esquiver sans se laisser toucher, mais sans répliquer pour autant.

Il finit par se retrouver acculer contre un mur, et Yume ne put retenir un petit sourire victorieux alors que les branches, qui à présent remplissaient toute la pièce, s’arrimaient au torse et aux membres de Kyouaku, avant de s’immobiliser, l’enchaînant fermement.
Voyant la possibilité de mettre fin au combat rapidement, elle resserra ses branchages autour de l’ennemi dans une constriction étouffante, mais son ennemi éclata d’un rire sinistre qui la figea. Il effleura du doigt sa cage végétale, teintant progressivement l’écorce solide et rugueuse d’une onde de magie noire qui se répandit en une nappe sombre et insidieuse, dénaturant l’invocation des forces de la nature de l’intérieur. L’enchantement finit par s’effriter, pour tomber en lambeaux grotesques et finalement disparaître dans un nuage de poussière sombre, laissant le sol de l’immense salle explosé par endroits, ne semblant tenir en place que par miracle.

- Croyais-tu réellement m’atteindre avec ceci ? s’esclaffa le maître de Dark Holders. Je connais cette magie sur le bout des doigts, ta sœur bien-aimée ayant honoré ce manoir de sa charmante présence durant des semaines.

Mais, bien consciente qu’il eut été fort vain d’envisager vaincre aussi facilement, Yume n’attendit pas qu’il eut fini de se moquer d’elle pour reprendre le combat. Des trous du sol menant à l’extérieur, elle attira une kyrielle de petites graines qui lévitèrent autour de Kyouaku, et elle leur infusa son énergie. Celles-ci germèrent et se développèrent en troncs et branches plus vite que l’œil humain ne pouvait le voir dans toutes les directions, et frappèrent le corps du mage noir ainsi que les murs de la pièce de multiples coups dévastateurs, à une vitesse telle qu’il ne put toutes les éviter et encore moins les faire disparaître avant qu’elles ne le touchent. Il finit cependant par sortir se mettre hors de leur portée alors que la façade de la pièce tombait en morceaux et reporta son attention sur la prêtresse. Mais celle-ci se sentait douée d’une capacité de clairvoyance décuplée grâce aux sorts de soutien de Wendy et à la chaleur dans sa poitrine, comme si elle pouvait par moments pressentir les mouvements de son ennemi avant qu’il ne les exécutât. Une myriade de graines, non germées cette fois, attendaient ce dernier et il fut pilonné au ventre, à la tête, dans le dos et les membres, chaque parcelle de sa chair fut meurtrie avant qu’une onde malfaisante ne s’échappe des pores de sa peau et les désintègre toutes à nouveau. Mais peu importait à Yume. La rage qu’il déclenchait chez elle réveillait une puissance qui envahissait son cœur et qu’elle n’avait jamais ressentie jusqu’alors.

- C’est ça prêtresse ! Vas-y déchaîne-toi ! S’écria un Kyouaku sanguinolent et hilare en se dégageant des sorts.

Mais son allégresse parut se tarir lorsqu’il se vit le dernier enchantement de la prêtresse. Faisant face à la gueule béante du dragon géant fait de branches, de lianes, de feuilles, de troncs et émettant une forte aura d’un vert brillant, son sourire se transforma en un air de défi, comme pour inciter la mage à lancer son monstre sur lui, qu’il referme ses crocs sur son corps. Mais elle n’était pas aussi stupide et savait pertinemment que le résultat serait le même que précédemment : il corromprait son sortilège et le ferait disparaître. Alors, elle avait gagné du temps avec ses attaques physiques rapides et difficilement évitables. S’armant d’une pierre tranchante, elle s’était profondément entaillé la main et payé le tribut de son sang pour tenter la plus puissante invocation qu’elle pût, la mêlant aux pouvoirs de Dragon Slayer de Wendy qui parcouraient la surface de son corps :

- J’en appelle aux forces profondes de la nature, unissez-vous dans mon sang, le sang de votre élue, prenez ma puissance et faîtes-la vôtre, puisez dans ma magie et donnez lui corps, domptez les pouvoirs de l’impétueux dragon des cieux et abattez mon ennemi ! incanta-t-elle, sa main blessée tendue vers l’avant.

Lorsque le maître de Dark Holders comprit son erreur, il était trop tard. Yume avait fini son sortilège. Les yeux fermés, la main blessée posée sur l’immense patte d’écorce et la poitrine presque en feu par toute la puissance qui s’en échappait, elle commanda à sa bête.
Le dragon se redressa, ouvrit une gueule emplie de crocs au fond de laquelle brillait une forte lueur. Faisant fi du sourire figé de l’adversaire, il rugit et cracha un immense rayon de lumière émeraude sur Kyouaku, qui le prit de plein fouet. Une tempête violente accompagna le hurlement et le mage noir fur projeté violemment contre un pan de mur rescapé, l’abattant au passage, et s’écrasa au sol dans un bruit sourd.
Sans laisser le temps à son adversaire de riposter, encore moins de se relever, Yume déchaîna à nouveau la force de son dragon et la lumière verte frappa, alors que la chaleur redoublait encore de puissance en son sein, nourrissant son invocation.

Wendy était impressionnée. La mage rousse méritait bien son titre de prêtresse de Dreaming Light et de la nature, et au vu de ses hésitations devant la porte de Kyouaku, elle n’aurait jamais deviné qu’elle pût posséder une telle force, hors celle de la lumière sacrée qui ne s’était visiblement pas encore éveillée. Mais cela n’était peut-être pas un mal, car si elle parvenait à vaincre Kyouaku sans y recourir, la prophétie n’aurait plus lieu d’être ! Réjouie de cette pensée, et constatant que Yume n’avait pas besoin d’elle pour l’instant, la jeune adolescente se précipita vers Mirai, toujours inconsciente, pour aider Sharuru qui peinait à défaire les liens qui la retenaient prisonnière et attachée au sol du donjon.

Mais le combat était loin d’être gagné, et ce fut avec effroi que les trois mages virent subitement la lumière verte de l’invocation se teinter de noir. L’altération remonta rapidement le rayon, qui s’estompa, puis s’éteignit complètement lorsqu’elle toucha la gueule du dragon. Celle-ci s’effrita, rapidement suivie de toute la tête du monstre, de son thorax et enfin du reste de son corps, jusqu’à la pointe de sa queue, sous les yeux horrifiés de Yume. Il s’agissait de la magie la plus puissante qu’elle avait jamais utilisée, et elle avait été réduite à néant tellement facilement ! Kyouaku apparut alors au milieu des lambeaux de bois noirs, ensanglanté mais debout et ne semblant pas outre mesure affaibli ni même gêné par ses blessures, à la grande stupéfaction atterrée de la jeune femme. A l’image de son sort, sa récente confiance en elle se délitait doucement, ramenant à la surface les doutes et les angoisses, d’autant plus que la magie allait finir par lui manquer.

Kyouaku planta son regard venimeux dans celui de sa victime, se délectant de la peur et de l’impuissance qu’ils reflétaient. Puis sa voix doucereuse et triomphante s’éleva :

- Quelle puissance intéressante, prêtresse ! Mais je crois que tu as besoin d’un petit coup de pouce, n’est ce pas ? Allez, c’est à mon tour, maintenant !

A ces mots, un sourire mauvais étira ses lèvres alors qu’une brume ténébreuse commençait à émaner de sa peau, glissant sur son corps et ondulant vivement sur le sol, marée sombre obscurcissant la pierre grise de ses volutes viciées. Le maléfice s’étendit autour de lui et gagna rapidement la silhouette inanimée de Mirai, lui léchant les pieds, remontant sur ses mollets, puis ses cuisses, pour ensuite envahir ses hanches, forçant Sharuru à s’envoler en emportant Wendy, laissant leur besogne inachevée… Ne furent bientôt plus visibles qu’un pâle visage constellé de tâches de rousseur et endormi dans ce qui semblait un interminable cauchemar, ainsi que quelques boucles rousses malmenées par les vagues funestes. Un gémissement douloureux s’échappa des lèvres blêmes.

- Allons, prêtresse, susurra Kyouaku à une Yume horrifiée et terriblement impuissante, son timbre doux semblant monter du fin fond de l’esprit de la jeune femme et emplir tout l’espace. Ne veux-tu pas la sauver ? N’est-ce pas ton devoir de la protéger ? Qu’attends-tu ? Elle souffre, tu sais…

Le visage de Mirai se tordit en une grimace alors que ses paupières se plissaient, et elle laissa échapper une longue plainte d’agonie. Yume cria le nom de sa sœur et s’élança à son secours, mais la voix fourbe du mage résonna encore, basse mais pesante :

- C’est de ta faute, tu dois l’aider… Vas-y, elle t’attend… Que te dira-t-elle lorsqu’elle s’éveillera ?

« Que te dira-t-elle lorsqu’elle s’éveillera ? »
« C’est de ta faute. »

La jeune femme sentit ses jambes faiblir, et s’arrêta en pleine course, au beau milieu de la marée noirâtre qui commença à serpenter doucement le long de ses chevilles, puis de ses mollets. Oui, qu’allait lui dire Mirai ? « Je suis heureuse de te voir, je te pardonne pour tout ? » Non, certainement pas. Elle connaissait assez sa jumelle, et celle-ci avait été ferme sur ce point. Elle ne lui reviendrait pas.

- C’est à se demander pourquoi la lumière ne l’a pas désignée, elle… Ta sœur aurait développé ses pouvoirs avec brio, accepté Yoru et n’aurait jamais eu à quitter sa propre famille. Elle aurait été si puissante, victorieuse, et heureuse…, continua la voix, s’enroulant autour de sa poitrine, étreignant la chaleur qui devint vive et brûlante, suffocante, vaine tentative de la sortir de sa torpeur.

Mirai était partie, Yume était fautive. La lumière avait choisi la mauvaise prêtresse. La jeune femme, perdue, ne sentit même pas ses jambes céder ni ses genoux percuter la pierre. Des larmes emplirent son regard vague et fixé sur une Mirai qu’il ne semblait plus voir, coulèrent de ses yeux écarquillés.

- TENRYU NO HÔKÔ !

La voix de Wendy, inaudible pour Yume, retentit soudainement. Mais le sort jeté de toute la puissance de ses petits poumons n’eut pas l’effet escompté, et s’il parut déconcerter Kyouaku un instant, celui-ci balaya la puissante bourrasque et l’a renvoya droit sur elle, sans que la prêtresse ne réagisse. Sharuru vola au secours de la fillette et tenta de la soustraire à sa propre attaque, mais elles furent toutes deux prises dans la tornade qui les projeta brutalement sur les pierres froides, à côté de Mirai. Wendy entendit un terrible craquement en même temps qu’une peine indicible partait de son épaule pour lui dévorer le bras gauche. Elle poussa un cri de douleur surprise, et jeta un œil à son membre. Elle ne le vit pas. Elles avaient atterrit au beau milieu de la mare noirâtre de Kyouaku, et il en était recouvert, ainsi que tout son corps.
Se relevant difficilement, la fillette sentit un regard brûlant dans son dos. Se retournant trop brusquement, la douleur de son épaule lui arracha un nouveau cri, arrêté net lorsque ses yeux rencontrèrent ceux, rieurs, mauvais de Kyouaku.

- Si faible, et pourtant si courageuse, murmura-t-il comme pour lui-même. Ton pouvoir sera bien mieux utilisé lorsque je me le serai approprié, ne t’inquiète pas…
- Je ne vous laisserai pas la toucher ! s’écria Sharuru, furieuse car ayant compris le sens de ces paroles.

Elle s’élança vers le mage noir dans une tentative totalement irréfléchie de protéger sa camarade et celui-ci éclata à nouveau de rire, balançant sa tête vers l’arrière. Il leva un doigt. Un trait noir en sortit. Il atteignit l’Exceed en plein dans la poitrine, frôla la joue d’une Wendy choquée, et termina sa course dans l’obscurité.
Le bruit mat et léger d’un petit corps rencontrant le sol retentit aux oreilles de la fillette comme un glas assourdissant. Oubliant son épaule disloquée et son bras cassé, la jeune chasseuse bondit sur ses pieds et fusa vers son amie en poussant un cri déchirant, les yeux pleins de larmes :

- SHARURU !

Arrivant à ses côtés, elle vit que l’Exceed respirait encore, mais très faiblement et très péniblement, et baignait dans une petite flaque écarlate, qui grandissait doucement. Entre deux hoquets, oublieuse du danger et refusant de perdre espoir, la guérisseuse porta toute la magie qu’elle put mobiliser sur le petit corps. Peu à peu, la blessure se referma et la respiration de Sharuru se fit plus ample, plus sereine. Wendy, prit son amie et la serra doucement dans ses bras, puis porta un regard misérable sur Yume. La prêtresse n’avait toujours pas réagi, prise dans la tourmente du sortilège de l’ennemi se délectant des tourments infligés à ses victimes. La fillette était épuisée et ne savait pas quoi faire pour sortir la jeune femme de sa torpeur. Le désespoir raviva ses larmes.


« Qu’est-ce que tu as fait ! »

S’entremêlant à la douce voix venimeuse du mage noir, celle de sa sœur retentit à son tour dans l’esprit mortifié de la prêtresse, martelant chaque fois un peu plus son profond sentiment de culpabilité, ranimant son impuissance.

- …Tu n’es pas digne de ton rang…
« Je savais que je pouvais compter sur toi, ça suffisait à me rendre forte ! Mais tu m’as trahie ! » Sa colère.
- …C’est elle qui en souffre…
« On devrait arrêter de se faire confiance, ça ne nous réussit pas. » Sa tristesse.
- …Tu l’as repoussée…
« Je ne fais plus partie de Dreaming Light. » Son rejet.
- … Détruit ta guilde…
« Il n’y a plus de Dreaming Light. » Sa résignation.
-… Et tu l’as perdue.
« Au revoir, Yume. » Son départ.

- Non… Attends… Ne pars pas Mirai, s’il-te-plait… Ne me laisse pas… Je suis tellement désolée…, laissa échapper la jeune femme entre deux sanglots.

Alors, comme si ces excuses prononcées d’une voix emplie de remords les avaient délivrés, d’autres souvenirs remontèrent à la surface, envahirent l’esprit de Yume de leurs images heureuses, et la voix de sa sœur s’éleva à nouveau, mais bien différente cette fois-ci, plus enjouée, plus forte, couvrant celle de Kyouaku.

« Regarde ta robe, tu as de la cerise partout, tu vas te faire gronder ! »
Deux petites filles chahutaient joyeusement dans les branches d’un immense cerisier, sous les chaleureux rayons du soleil.
« Maman nous a bien dit de rester unies non ? Alors ma vieille, je te lâcherai pas d’une semelle, que ça soit toi ou moi ! Promis ! »
Deux adolescentes scellaient une promesse inébranlable dans le secret et la chaleur de leur chambre.
Une autre voix monta, triste mais ferme et confiante, pleine d’amour.
« Moi, je continue de croire en toi, en nous. J’y croirai pour deux s’il le faut. »
La sienne.
« Quoi qu’il en soit, quoi qu’on puisse te dire, n’oublie jamais que je t’aime. Tu es ma sœur et rien ne pourra jamais changer ça. »

Bien sûr. Elle était idiote. Pourquoi s’était-elle battue jusque là, pourquoi avait elle tenue bon malgré les souffrances ? Pour protéger sa famille et tous ceux qu’elle aimait.
Yume sentit comme une décharge la traverser. Quelque chose sembla se débloquer en elle. La chaleur dans sa poitrine se fit soudain si violente qu’elle eut l’impression d’être transpercée par une puissance qu’elle ne connaissait pas, qu’elle n’avait jamais ressentie. Ou peut-être que si, mais elle était alors bien plus faible. En ce jour lointain, où tout avait basculé, où elle avait été choisie, où la lumière s’était trompée. Elle irradiait de puissance.
Et elle sut. Elle vaincrait Kyouaku. Et ne s’en relèverait pas. Mais peu lui importait, tant qu’ils allaient bien. L’amour. Le sacrifice. C’était là l’essence même de son pouvoir, bien trop écrasant pour elle seule. Mais c’était son devoir, elle n’avait jamais été sensée survivre et n’en était pas digne, elle le comprenait enfin. Elle était simplement née pour cela. Elle eut une pensée accablée pour Chuujou, car bien qu’elle l’eut toujours profondément aimé, elle n’avait jamais été capable de lui rendre tout l’amour qu’il lui donnait sans condition, et allait le faire souffrir. Mais il serait sauf, et pourrait se construire une nouvelle vie. Et finalement, elle n’affronterait pas Mirai, elles ne s’annihileraient pas l’une l’autre. Elle avait vaincu la prophétie. A travers ses larmes, Yume eut un sourire triste. Elle s’arrêtait ici. Sa poitrine commença à lui faire vraiment très mal.

- Enfin… J’y suis presque… murmura Kyouaku, une lueur d’avidité folle s’emparant de son regard, alors que le corps de la prêtresse s’enveloppait d’une aura lumineuse dorée, presque blanche, sous laquelle elle ployait jusqu’à en tomber à genoux.

Impatient, désirant tant cette force qu’il pouvait presque toucher du doigt, il ne résista pas à l’envie de la tester. Sentant qu’elle n’était pas encore prête à le vaincre, et par conséquent que le moment n’était venu pour lui d’agir, il eut envie de s’amuser. Dans un rire dément, il leva les bras et le marasme sombre qu’il avait déployé revint à lui, comme aspiré, et l’enveloppa, sinistre silhouette spectrale. Puis il se fondit avec sa peau et disparut. Kyouaku tendit alors la main vers Yume et un large rayon d’énergie noire en sortit à nouveau, en direction de la jeune femme. Celle-ci, inspira, rassembla le plus qu’elle le put cette puissance bien trop accablante pour son corps et la concentra dans ses mains, prête à le contrer.

Mais Wendy avait vu tout le cortège d’émotions se succéder sur le visage de la mage de lumière. Le désespoir, la douleur, la culpabilité, puis la surprise et l’amour. Enfin, la résignation. Alors elle comprit les pensées de Yume, et surtout ses conclusions. Elle ne pouvait pas la laisser faire. Mue par ses sentiments et son instinct plus que par le raisonnement, elle laissa Sharuru endormie près de Mirai, et s’élança vers les deux combattants.

- TENRYUU NO KEKKAI1 !

Voyant la fillette se dresser entre elle et Kyouaku, Yume laissa échapper une exclamation de surprise et retint son sort avant qu’il ne la percute.
Kyouaku n’eut pas la même prévenance, et le flash de d’énergie noire s’écrasa contre le bouclier de vent dans un vacarme assourdissant. La puissance du coup fit reculer Wendy de plusieurs mètres, mais elle tint bon. De grosses gouttes de sueur perlèrent de son front, elle sentait ses forces faiblir, et son bras cassé la faisait horriblement souffrir. Elle n’était pas faite pour encaisser la puissance de cette magie sombre. Si elle tentait de la contenir trop longtemps, tout son pouvoir y passerait et elle serait touchée. Non, abattue, elle n’en doutait pas.

- Wendy, arrête ! Lui cria la prêtresse. Ce n’est pas ton combat, tu vas te faire tuer !
- Non ! rétorqua la fillette en maintenant toujours le mur du mieux qu’elle pouvait. Je ne vous laisserai pas vous sacrifier !

Yume fut stupéfaite par la réponse du dragon. Mais pourquoi s’interposait-elle ? Pourquoi s’évertuait-elle à la protéger, alors qu’elle aurait dû se cacher en attendant la fin, et la laisser accomplir son devoir ? Il n’y avait plus rien qu’elle pouvait faire à présent ! C’était insensé…

- S’il-te-plait, supplia-t-elle. Je ne veux pas que tu sois blessée à cause de moi. Je ne veux plus que quiconque soit blessé par ma faute… Tu ne comprends pas, s’écria-t-elle, c’est à moi de vous pro…
- Non, vous méritez qu’on vous protège autant que n’importe qui ! L’interrompit Wendy.

Elle ne comprenait pas. Yume ne comprenait pas. C’était à elle de sauver les autres, et cette petite fille était là, devant elle, prenant obstinément les coups qui lui étaient destinés, l’empêchant de mettre un terme au combat.

- Pourquoi… ? S’exclama-t-elle. Tu l’as compris, je suis perdue de toute façon !
- Parce qu’on m’a demandé de veiller sur vous ! Répondit Wendy, sa gorge nouée déformant sa voix. C’est ma mission, Yume-san ! Et un mage de Fairy Tail honore toujours ses engagements ! Sinon, il apporte la honte sur sa guilde !

Le Dragon Slayer entendit le rire dément de Kyouaku derrière la bourrasque. Visiblement, leur conversation l’amusait beaucoup. La pression qu’il exerçait sur son bouclier se faisait de plus en plus harassante. Mais elle tiendrait bon.

- C’est ma fierté de mage que de protéger ceux qui en ont besoin !

Yume la regardait, interdite, pendant que la chasseuse de dragon repoussait toujours de son mieux les assauts de leur ennemi.

- Et puis, vous êtes mon amie… et Fairy Tail ou non, mage ou pas, je ne tournerai jamais le dos à une amie ! Continua-t-elle en retenant difficilement ses larmes.

La rousse sentit son cœur se serrer. Pourquoi tenait-elle tant à elle ? Pourquoi déployait-elle une telle force, au risque d’être terrassée elle-même, pour préserver une condamnée ? Peu lui importait d’être blessée, de souffrir, puisqu’elle allait mourir.

- Et malgré tout, malgré cette prophétie, malgré votre destin, vous êtes en vie… Vous êtes vivante, Yume-san ! Cria la fillette en relâchant ses larmes. Maintenant ! En ce moment, vous êtes vivante ! Vous respirez, vous combattez pour ceux que vous aimez ! Vous espérez !

Elle pleurait pour de bon à présent.

- Et moi, votre existence, je veux la préserver ! Parce qu’elle est précieuse, tout autant que n’importe quelle autre ! Je ne peux pas accepter que tout ceci soit vain… sanglotait-elle. Je veux croire qu’il y a encore de l’espoir, pour vous, et pour ceux tiennent à vous. Moi, je ne veux pas que vous mourriez ! Moi… Moi j’y crois ! Je veux continuer ! Je ne veux pas abandonner et je vous protègerai jusqu’au bout ! Alors, s’il-vous plait… n’abandonnez pas non plus, Yume-san…

La jeune femme porta les mains à ses lèvres en fermant les yeux. Tout. Elle avait tout dit. Ces mots que son cœur désirait entendre mais qu’elle avait toujours défendu aux autres de prononcer. Ces mots qui la hantaient, mais auxquels elle avait peur de croire.
Des larmes recommencèrent à rouler lentement sur ses joues. Elle était si bornée. Une fois de plus, c’était une presque inconnue qui lui faisait entendre raison. Alors que les siens avaient maintes fois tenté de la convaincre. Comment avaient-ils pu, et comment pouvaient-ils encore lui faire confiance, alors qu’elle-même n’y croyait pas ? Quelle piètre prêtresse elle faisait !
Yume se releva.

- Décidément, vous n’êtes vraiment pas raisonnables à Fairy Tail, murmura-t-elle.
- Bien sûr que non, lui répondit Wendy qui l’avait entendue malgré le vrombissement du vent. La vie ne serait pas drôle, sinon ! Ajouta-t-elle dans un sourire baigné de larmes.

Et ce fut à cet instant, sous ce sourire bienveillant que la souffrance de Yume s’envola. La puissance ne s’était pas tarie, oh non, loin de là, mais elle avait cessé de broyer son corps. Comme elle l’acceptait, en même temps qu’elle acceptait enfin être digne de vie et surtout d’amour, elle fut en mesure d’accueillir et non plus de subir la lumière sacrée de ses ancêtres. Elle la sentit se mêler directement à sa magie, s’accorder à elle, et emplir tout son corps. Maintenant elle la maîtrisait. Maintenant, elle était prête.

- Wendy ? Appela-t-elle doucement.
- Oui ?
- Merci.

A bout de force, la chasseuse de dragon s’écroula au sol, le rayon d’énergie noire passa au dessus de sa tête droit sur Yume. Mais il disparut sans l’avoir ébranlée.

- Kyouaku, reprit la prêtresse d’un ton serein en se préparant à enfin conclure le combat, c’est terminé.

Un mouvement anima soudain la silhouette endormie de l’autre côté de la salle, mais aucun des belligérants n’y prêta attention, tendus, concentrés l’un sur l’autre. Mirai ouvrit les yeux et un horrible mal de crâne se répandit de son front jusqu’à l’arrière de son cou, lui arrachant une exclamation de peine. La jeune femme essaya de se redresser, mais se rendit compte que ses membres étaient entravés par des liens de cuir très serrés, qui la maintenaient également attachée au sol. Elle eut un moment de panique, et se souvint de l’endroit où elle se trouvait. Elle regarda alors autour d’elle, au moment où retentit, teintée de folie et d’une joie incommensurable, une voix qui l’avait toujours fait frémir :

- C’est ce que tu crois, ma jolie ! Allons-y pour le clou du spectacle !

Et avant que ni Wendy, ni Yume ne puissent esquisser le moindre mouvement, Kyouaku changea de cible, et dirigea sa magie dévastatrice droit sur Mirai.

……………………………………

- Vite, il faut qu’on se dépêche ! Il faut arrêter Kyouaku !

Lucy pressait Natsu et Happy, alors qu’ils couraient vers l’endroit où la magie était la plus noire. Malgré sa jambe cassée, la mage stellaire refusait de ralentir la cadence.

- Yep ! Répondit le mage de feu avec un sourire carnassier.

Toute cette histoire n’avait que trop duré, il était temps de montrer à Kyoumonku qui était le patron !

- Lucy, intervint Happy, moi je veux bien mais je croyais que seule la prêtresse de la lumière pouvait le vaincre ?
- C’est vrai, acquiesça la blonde, mais il n’a pas l’intention de laisser Yume éveiller totalement ses pouvoirs elle-même ! Si c’est le cas, il a peur qu’elle soit en mesure de les maîtriser et de l’éliminer avant qu’il n’ait le temps de les lui voler.

La jeune fille marqua un temps pour reprendre son souffle.

- Il veut les forcer à se manifester sans que Yume ne puisse les canaliser. Et sa solution, c’est de lui faire subir une souffrance si grande qu’elle les libèrera d’un seul coup en en perdant le contrôle ! Il pourra alors la tuer et utiliser son sortilège de transfert de magie !
- Mais c’est horrible ! Couina l’Exceed.
- Quoi ? Il veut la torturer ? S’insurgea Natsu.
- Non, leur répondit Lucy, sombre. Il va tuer Mirai sous ses yeux.

…………………………….

Le temps sembla suspendre son cours. La jeune femme vit avec horreur le sort arriver droit sur elle, sans qu’elle puisse l’éviter, ni se défendre. Au même moment, d’étranges symboles lumineux d’un bleu presque blanc dessinèrent des cercles sinistres sur le sol. Mirai n’y prêta pas attention. Son regard effaré rencontra celui de sa sœur, écarquillé d’effroi et de désespoir alors qu’elle tendait la main en s’élançant vers elle, vaine tentative de la rejoindre pour la protéger. Elle était trop loin. Elles venaient à peine de se retrouver. Elle n’aurait même pas le temps de la serrer dans ses bras. Elle n’aurait même pas le temps de lui demander pardon. Elle n’aurait même pas le temps de lui dire au revoir.

Une larme coula sur la joue de la rousse aux yeux verts. Son visage fut recouvert par une gerbe de sang.

…….……………………………..

Ils arrivaient. Ils étaient tout proches, ils le savaient, ils sentaient l’écrasante magie noire. Mais une autre puissance, bienfaitrice autant que dévastatrice leur parvenait aussi. Le combat semblait sur le point de s’achever. Qui serait vainqueur ? Ils devaient prêter main forte à leur amie.
Le couloir prit un brusque virage, et ils les virent. Ils s’approchèrent en courant aussi vite que leurs jambes pouvaient le supporter. La pièce avait été détruite, mais le sol tenait toujours miraculeusement, probablement grâce au sort qui produisait une faible lumière bleutée et traçait des symboles tordus sur les pierres.
Mais Shin ne s’intéressa pas aux lettres magiques. Il ne vit que Mirai, vivante, ligotée, menacée par un sortilège si sombre qu’elle n’en réchapperait pas. Il ne pouvait l’accepter. Le jeune homme, lancé par sa course, bondit vers son amie et bien-aimée. Cette fois, il la protègerait, peu lui importaient les conséquences sur sa propre vie.
Tout à coup, il se sentit tiré vers l’arrière et son corps rebroussa chemin avant de s’écraser au sol, alors qu’une silhouette imposante le dépassait. Non ! Yoru les avait trahis ! Il les avait accompagnés pour aider Kyouaku à mettre ses plans à exécution ! Il releva les yeux, désespéré, le cœur serré par peur de ce qu’il s’apprêtait à découvrir, et laissa échapper un hoquet de stupeur.

Mirai ne distinguait plus rien. Elle pensa tout d’abord que le sort l’avait touchée et qu’elle était morte. Mais elle ne ressentait, ni n’avait ressenti aucune douleur. Alors, l’ombre massive qui lui obstruait la vue s’écroula, et ses yeux rencontrèrent à nouveau ceux, choqués cette fois-ci, de sa sœur. Un liquide gluant coula le long de sa joue, et elle passa machinalement sa main sur son visage, puis la sentant poisseuse, baissa le regard sur sa paume. Elle était vermillon. Mais ce ne fut pas cette image qui la traumatisa, marquant pour l’éternité sa fragile conscience qui menaçait à présent de lui faire défaut. Car, à travers ses doigts ensanglantés, Mirai le vit. Et elle comprit qu’elle avait toujours fait fausse route.

La jeune femme cessa de respirer. Son cœur manqua un battement.

Yoru était à terre, devant elle. Couché sur le dos, les yeux fixés dans le lointain. Son torse se couvrant de rouge sombre, la tache écarlate imprégnant peu à peu les restes de sa chemise blanche salie et déchiquetée par les combats. Son regard n’exprimant ni surprise, ni peur, ni douleur. Rien de plus qu’une farouche détermination. Sa poitrine sans mouvement. C’était terminé. Il était mort.
Ca n’avait jamais été Yume. Celle que Yoru protégeait de son corps en échange de sa vie dans ses rêves, ça n’avait jamais été sa sœur. La jeune femme rousse de ses songes, c’était elle. L’unique responsable de la mort de son amour, c’était elle. Celle qui avait rendu cette mort inéluctable, c’était elle.
La douleur et la culpabilité s’infiltrèrent sournoisement dans son âme, engourdirent son esprit, gagnèrent son corps. Sa tête tout d’abord. Elle ne pouvait plus penser. Puis ses membres. Elle était paralysée. Sa poitrine. Elle se sentit suffoquer. Et enfin son cœur. Elle crut mourir. Mais point de délivrance pour elle, seulement la peine, le désespoir, la souffrance.

Puis la colère, et avec elle, la puissance.

La mage de la nature la sentit monter en elle, magie implacable écrasant ses maigres restes de conscience, prenant possession de chaque atome, de chaque cellule de son corps. Elle ne pouvait pas la combattre, et ne le voulait pas. Refusant de souffrir davantage, incapable de résister, Mirai se laissa submerger par la fureur et s’abandonna au pouvoir dans un cri déchirant et inhumain, qui se répercuta jusque dans la forêt.

Une formidable pression émana soudain de la jeune femme, telle qu’elle déchira ses entraves et ébranla le sol. Wendy, qui était la plus proche de la mage, fut projetée plusieurs mètres plus loin, tenant Sharuru dans son bras valide. Erza se précipita vers elle et la rattrapa, évitant à la fillette une douloureuse collision avec le sol. Yume, toujours sidérée, gardait le regard rivé sur sa jumelle dont l’aura se teinta d’une familière nuance d’or tirant sur le blanc. Shin se releva doucement et lança un timide « Mirai ? » à son amie, sans obtenir aucune réaction.
Kyouaku, un instant déconcerté, finit par éclater à nouveau d’un rire jubilatoire :

- Ca alors ! Ca n’était pas prévu, mais c’est fantastique, j’ai deux prêtresses pour le prix d’une ! Ma chère Mirai, si tu savais à quel point je suis heureux que tu ne sois pas morte ! Je loue l’imbécilité de ce gros bœuf. Jusqu’au bout il aura pris les mauvaises décisions pour lui, mais les bonnes pour moi.

Il incanta alors dans une langue sombre et les cercles au sol se firent plus brillants. Mirai se tourna vers lui.

- Oui, viens vers moi petite liseuse de rêve, murmura-t-il. Attaque-moi, tue-moi pour ce que j’ai fait !

La mage leva le bras, tendit sa main, et libéra sa magie.

- MIRAI, NON ! hurla Yume, impuissante.

Une formidable énergie blanche fondit sur Kyouaku, qui, dans un nouveau rire dément, l’arrêta de sa paume et la laissa l’envelopper. Il commença à l’absorber.

- Chacune sont tour, exulta Kyouaku. Tiens-toi tranquille, je m’occuperai bien de toi une fois que j’aurai tué taAaaargh !

Le maître des ténèbres sembla s’étrangler dans sa propre salive. La magie qui l’entourait se fit plus forte, plus blanche, plus lumineuse. Ses prunelles d’ébènes rencontrèrent les émeraudes furieuses et folles de son adversaire, dardées sur lui. Il se sentit frémir. Il perdait le contrôle. Pour la première fois, il eut peur. Tout à coup, il se sentit faiblir, comme si on le vidait de sa magie. Ca n’avait pas de sens, c’est lui qui était sensé absorber celle de cette petite sotte… Non, il n’y parvenait plus, il n’arrivait plus à l’aspirer ! Que se passait-il ? Son sort d’assimilation fonctionnait pourtant toujours, les cercles qu’il avait tracés étaient toujours actifs ! Mais alors…
C’est avec une horreur inconnue jusque là que Kyouaku assista au spectacle de sa propre magie s’extirpant de son corps pour rejoindre celui de Mirai. La traîtresse, en profitant de la connexion qu’il avait lui-même bâtie entre eux et en déployant une puissance plus grande que la sienne avait réussi à inverser son sortilège ! Tant bien que mal, il tenta de reprendre le dessus, mais ses efforts furent vains. Ce fut en témoin impuissant et terrifié qu’il vit toute son obscure force envelopper la jeune femme, se fondre dans la sienne, intégrer son corps. Lorsqu’il fut complètement drainé, Mirai referma ses doigts d’un simple geste cruel, et la magie écrasa le corps de son ennemi. Kyouaku convulsa quelques instants, puis la lumière disparut et son corps inanimé retomba sur le sol, poupée de chiffon désarticulée. Il était vaincu.

Elle avait mal. Tellement mal. Trop mal. Son corps était pressé, broyé, dépassé. Mais, elle s’en rendait à peine compte, cela ne suffisait pas à faire taire la douleur de son cœur. Il avait disparu. Il l’avait quittée. Il était mort. Mort ! Plus jamais elle ne le reverrait ! Et les dernières choses qu’elle lui avait dites, c’était qu’elle ne lui faisait pas confiance, qu’il la dégoûtait, qu’il n’était qu’une ordure. Elle avait refusé ses excuses, elle avait refusé son amitié et lui, venait de sacrifier sa vie. Pour elle. La mort de Kyouaku n’y changerait rien, n’apaisait en rien sa peine. Yoru n’existait plus. Elle était seule. Plus rien n’avait de sens. Juste avant de perdre connaissance, elle vit le sort bleuté de son ennemi vibrer, et sentit sa nouvelle puissance résonner avec lui. Mais ça n’avait plus aucune importance.

Mirai fut engloutie dans les ténèbres, son corps disparut au sein d’un tourbillon de magie noire plus puissante que ce qu’aucun des mages présents n’avait jamais vu ni ressenti. La lumière des cercles magiques se fit aveuglante, les forçant à fermer les yeux, puis disparut soudainement. A cet instant, ils entendirent un sinistre déchirement. Puis le sol s’écroula sous leurs pieds, n’étant plus maintenu par l’enchantement. Erza parvint à sauter et à retomber à l’extérieur du donjon brisé, Wendy et Sharuru toujours dans ses bras, alors que Shin invoquait une bourrasque pour les extraire, Yume et lui de ce chaos. La prêtresse avait perdu son aura dorée. Elle avait les yeux rivés sur une longue fissure semblant lacérer l’air au centre même de l’ancienne pièce, suspendue dans le vide juste devant le tourbillon de noirceur qu’était devenu Mirai. Un rougeoiement inquiétant s’en échappait.

- Oh non… glapit-elle.
- Yume que se passe-t-il ? Cria Erza pour se faire entendre dans le fracas des pierres s’écrasant au sol.
- C’est impossible… continuait celle-ci, visiblement hébétée.
- Yume, qu’est-ce qu’il y a ? C’est quoi ce truc ? Insista Shin en lui secouant l’épaule.

La jeune femme consentit enfin à détourner le regard pour faire face à ses amis, et c’est d’une voix blanche qu’elle répondit :

- Mirai a ouvert la porte. Les démons du royaume des morts arrivent. Je ne sais pas comment cela a pu arriver, ni comment la refermer. Et je doute de pouvoir la refermer seule.
Ses facultés de clairvoyance amplifiées par l’éveil de ses pouvoirs le lui faisaient clairement ressentir.

- Le sort étrange au sol de la pièce, réfléchit Erza, cela devait à la fois permettre à Kyouaku de s’approprier vos pouvoirs et d’ouvrir la porte. Je ne vois que ça.
- On s’en fiche ! S’écria Shin. Les cercles et le sol ont disparu, ça ne nous aidera pas ! Yume, continua-t-il en se tournant vers la rousse, il faut qu’on arrête Mirai. Il faut qu’on arrive à l’atteindre avant qu’il ne soit trop tard !

Yume serra les poings et son regard se durcit. La prophétie s’était trompée sur au moins un point. Elles possédaient toutes deux la lumière sacrée. Où elles coopéraient pour sauver le monde, où elles s’affronteraient et… La jeune femme refusait d’y songer. Elle était certaine d’une seule chose, il faudrait leurs pouvoirs combinés pour refermer la porte. Seule, elle s’épuiserait pour rien si elle essayait, et tout serait fini. Elle devait ramener Mirai. Elle et seulement elle.

- Tu as raison, répondit Yume la voix emplie d’une farouche détermination. Je m’en occupe.
- Je viens avec toi ! Lança Shin à la prêtresse, alors que celle-ci faisait mine de se diriger vers sa sœur.
- Non, Shin, fit-elle en se retournant. Ne me demande pas de te l’expliquer, mais je sens que je dois le faire seule. Il faut que ça soit moi.
- Quoi ? C’est hors de question ! Mirai est mon amie, je veux l’aider aussi ! On ne sait pas dans quel état on va la retrouver, je ne vais pas te laisser y aller seule !

Yume s’approcha de Shin et prit les mains du jeune homme entre les siennes.

- Tu as peur de la prophétie, n’est-ce pas ? Lui dit-elle d’une voix douce. Tu crains que nous ne finissions par nous affronter et que cela ne se termine mal… Je comprends, mais ne t’inquiète pas. Je sais ce que je fais. Et l’on m’a récemment rappelé que si je voulais protéger ceux que j’aime, je devais arrêter de geindre et me battre pour que mon propre futur soit radieux…
- Yume… tenta le mage du vent.
- Je n’ai plus peur, Shin. J’ai confiance en nous. Alors, toi aussi, crois.

La prêtresse releva la tête vers la déchirure dont commençait à s’échapper des étincelles flamboyantes, et reprit :

- De plus, ils auront besoin de toi ici, et moi aussi, pour me faire gagner du temps.

Le blond poussa un soupir de résignation.

- De toute façon, en l’absence de ton père, c’est toi le maître de la guilde, lança-t-il avec un petit rire. Je n’ai pas vraiment le choix !

Les deux amis s’adressèrent un sourire entendu, Yume se détourna et s’avança vers la colonne obscure. Mais elle fut arrêtée par la frêle voix de Wendy :

- Attendez ! Cette magie est très sombre et très puissante. Si vous devez y entrer, il faut vous protéger.

La fillette inspira fortement et l’imprégna du plus puissant sortilège de protection qu’elle était capable de mettre en place. Elle craignait que cela ne suffisse pas.

- Vous pouvez y aller, reprit-elle.
- Nous resterons ici au cas où des démons aient le temps de s’échapper, ajouta Titania. Bonne chance.
- Merci, répondit Yume, à vous aussi. Je prie que vous n’ayez pas à combattre.

Puis elle les quitta, et ils espérèrent de tout leur cœur que ce bref échange n’ait pas été leurs mots d’adieux.

Yume se dirigea vers la tornade créée par la détresse de sa sœur. A mesure qu’elle approchait, elle sentait la pression magique malgré la protection du Dragon Slayer des Cieux. Plus elle avançait, plus elle se sentait repoussée et continuer devenait physiquement difficile. Mais elle tint bon et s’arrêta lorsqu’elle fut assez proche de la tempête sombre pour pouvoir la toucher.
La mage de la nature se concentra, et une branche épaisse poussa sous ses pieds, la portant au niveau de l’ancienne pièce du donjon où les funestes événements passés les avaient conduits à cette catastrophe, et où, elle l’espérait, elle trouverait Mirai saine et sauve.
Elle arrivait à destination lorsqu’un mouvement attira son attention à la périphérie de son champ de vision. Ce fut avec horreur qu’elle vit deux énormes pattes griffues agripper chaque côté de la brèche et les écarter violemment, dans un bruit assourdissant de fin du monde. L’ouverture dimensionnelle engendra une formidable tempête, faisant mugir les vents, menaçant d’emporter tout ce qui se trouvait là, ruines, débris, Exceeds, humains. Yume évita la chute uniquement en façonnant une épaisse liane qui vint enserrer sa taille et la maintint sur son perchoir. Tentant d’ignorer le paysage de fin du monde et le danger qu’ils couraient tous pour se focaliser sur sa mission, la jeune femme inspira profondément, et se concentra. Petit à petit, elle sentit la puissance revenir, et un sourire de soulagement étira ses lèvres quand l’aura blanc doré l’enveloppa à nouveau de sa douce chaleur. Elle pouvait y arriver.

Une gueule menaçante remplie de crocs apparut dans la porte, suivie par une tête de fauve aux yeux rouges et au pelage noir. Une bête gigantesque sortit sous les yeux terrifiés des mages. Elle ne les vit même pas et continua son chemin vers la forêt, écrasant les vestiges du manoir. Erza voulut s’interposer, mais une boule de feu humaine ne lui en laissa pas le temps, et le monstre se prit un magistral coup de pied made in Salamander. Cela sembla l’irriter plus que le blesser, mais au moins il s’était arrêté. Déjà Natsu reprenait ses assauts, secondé par Happy, ne laissant d’autre choix au démon que de leur accorder de l’attention.

- Qu’est-ce qui se passe, Erza ? Demanda une Lucy essoufflée et claudicante, arrivant du même endroit que Natsu, tentant de faire passer sa voix au dessus du bruit et s’accrochant à un débris de manoir pour ne pas se faire emporter.
- Kyouaku est mort, mais la porte du royaume des morts est ouverte, les démons arrivent ! Répondit celle-ci sur le même mode, et le visage de la constellationniste se décomposa.
- Oh mon dieu ! s’exclama celle-ci. Comment c’est possible ?

Mais elles n’eurent pas le temps de disserter, déjà deux autres démons arrivaient, se poussant, se battant presque pour sortir. Leur passage élargit encore la brèche et les mages déglutirent. Cependant, les deux bêtes ne leur prêtèrent pas plus d’attention que la première et se jetèrent l’une sur l’autre dans un combat qui, à n’en pas douter, durait depuis longtemps déjà dans l’autre monde.

- Lucy ! Appela encore Erza, ayant une idée, folle et désespérée, certes, mais une idée. Tu es mage stellaire, tu sais ouvrir et fermer des portes sur d’autres mondes. Est-ce que tu pourrais fermer celle-ci ?
- Je ne pense pas, il me faudrait une clé pour ça, et je n’ai certainement pas assez de magie pour une prouesse pareille ! Mais je vais essayer, après tout ça ne pourra pas aggraver les choses !
- je vais t’aider, cria Wendy.

Et la fillette lança le sort Arms sur la blonde, afin de lui octroyer une puissance supérieure. Lucy se concentra et essaya de diriger sa magie sur les bords de la brèche, afin de les rapprocher.
Pendant leur bref échange deux démons de plus avait émergé dans leur monde. Erza, Wendy et Shin se démenaient avec le premier, une espèce de pieuvre géante aux dizaines de tentacules, tendis qu’une cage de glace tentait de retenir le second, un humanoïde aux genoux inversés et à tête d’alligator, qui avait eu le temps de bondir plus loin, manifestement en direction de Gray. Au moins, le jeune homme était toujours vivant, pensa la constellationniste. Elle espérait pouvoir en dire autant pour elle, lui et tous leurs amis dans quelques heures. Voire quelques minutes. Déjà, une nouvelle patte griffue apparaissait.

- Je m’occupe de lui, cria Shin à ses alliées, leur laissant la pieuvre.

Le mage de l’air contrôla une puissante bourrasque, puis l’envoya de toutes ses forces vers le nouveau démon. Celui-ci ne s’y attendait visiblement pas et en tomba en arrière, laissant au jeune homme quelques secondes pour réfléchir. Il eut une idée et se laissa porter par sa magie vers Wendy et Erza pour leur expliquer son début de plan :

- Il faut que l’on s’associe pour maîtriser tout ce vent, dit-il à Wendy en faisant un geste désignant la houle qui les entourait, l’envoyer vers la porte et contenir les démons derrière, pour donner du temps à Yume.
- D’accord, répondit la fillette après avoir jeté un œil à Erza et vu son aînée acquiescer. Peut-être que s’ils ne passent plus, Lucy-san pourra plus facilement refermer la porte, ajouta-t-elle.

En effet, la jeune fille n’arrivait pas à des résultats probants. Elle sentait bien que sa magie était compatible avec ce qu’elle tentait de faire, qu’elle s’accrochait aux lèvres de l’ouverture et essayait de les rapprocher, mais l’effort était bien trop violent, elle était épuisée, et même au plus fort de sa forme, avec le soutien des sorts du dragon des cieux, elle n’en aurait jamais été capable.
Les deux mages se concentrèrent, et doucement, les rafales se calmèrent, pour se diriger droit sur leur objectif. Le monstre qui essayait à nouveau de sortir se les prit de plein fouet, et tomba une nouvelle fois à la renverse. Décidément, ce n’était pas son jour.
Aidée des mages du vent, la mage stellaire sentit que petit à petit, les franges de la brèche se rapprochaient. C’était très lent, à peine perceptible, mais elle y arrivait. Un peu.

- Wendy ! cria-t-elle. Est-ce que vous pouvez aussi m’aider à pousser sur les bords de la porte avec le vent ? Toute seule, je n’y arriverai pas !

La fillette regarda son acolyte, et il lui fit un signe affirmatif. A l’unisson, ils déformèrent la poussée du vent pour qu’elle englobe la porte et soutiennent la magie de la constellationniste, tout en repoussant les démons trop curieux. Enfin, en essayant de ne pas les laisser sortir, tout du moins. A eux trois, ils parvinrent à rétrécir un peu l’ouverture. Mais c’était insuffisant. Lorsqu’un monstre essaya de se jeter dans la brèche, percutant le vent et la magie stellaire de tout son poids, les trois amis hurlèrent de douleur face à la pression. Ils ne tiendraient vraiment pas longtemps. Lucy adressa une prière véhémente à la déesse de la lumière sacrée, qu’elle accompagne les jumelles et leur permettent de sauver le monde le plus vite possible. Où il n’y aurait plus de monde à sauver.

…………………………….

Gray et Juvia n’en croyaient pas leurs yeux. Les démons arrivaient de nulle part, et ils voyaient les sorts fuser pour tenter de les contenir. Un monstre difforme à tête d’alligator d’une dizaine de mètres de haut fit un bond magistral et atterrit juste derrière eux. Sans réfléchir le mage de glace modela une cage autour de lui. Elle ne résista pas dix secondes. Juvia prit le relais et l’attaqua de ses lames aquatiques, Chuujou fit courir ses décharges sur l’eau. Gray se reprit vite et asséna un violent coup de marteau sur la chimère. Celle-ci fit volte face et les balaya d’un revers de sa main géante, les projetant au sol, leur coupant le souffle, rouvrant leurs blessures. Chuujou sentit alors autant qu’il le vit le rougeoiement cruel des yeux reptiliens braqués sur son corps brisé. Le monstre ouvrit sa gueule terrifiante, et dans un rugissement féroce, l’abattit sur lui.
Mais les crocs tranchants ne l’atteignirent jamais. Lorsqu’il comprit ce qui l’avait sauvé, le jeune homme poussa un cri désespéré :

-MAITRE !

Tairyoku s’était interposé, et avait bloqué la gueule du monstre de son propre corps. Deux crocs démesurés transperçaient sa poitrine de part en part. Sachant qu’il n’en avait plus que pour quelques secondes, l’homme leva le bras et dessina un symbole avec son propre sang sur la gencive de la bête. Faisant pour la dernière fois appel à sa magie, il se concentra. La mâchoire explosa. Le monstre se redressa en poussant un rugissement de douleur et le corps mutilé de Tairyoku tomba au sol.
Il y eut une fraction de seconde de silence, puis tout s’enchaîna. Le démon, fou de rage, revint à la charge. Gray et Juvia se jetèrent sur lui en hurlant leurs sorts, choqués, furieux. Refusant l’évidence, oubliant le danger, Chuujou se précipita vers son aîné et le prit dans ses bras.

- Maître… Maître… appela-t-il en scrutant le visage de ce dernier à la recherche d’un souffle, tentant vainement de comprimer les plaies.

Tairyoku laissa échapper un gémissement presque inaudible et ouvrit les yeux.

- Tu… n’as rien, ânonna-t-il faiblement. Je… suis… soulagé…
- Non, ne parlez pas, l’interrompit Chuujou sans pouvoir retenir ses larmes. Où sont vos parchemins de cicatrisation ?

Le mourant laissa échapper un petit rire qui se transforma vite en une quinte de toux douloureuse et ensanglantée.

- C’est… trop… tard, répondit-il d’une voix de plus en plus basse, forçant Chuujou à se pencher tout près de son visage.
- Ne dîtes pas ça, s’il-vous-plait ! Sanglota le jeune homme. Ne nous abandonnez-pas, on a besoin de vous ! Yume et Mirai, elles ont besoin de vous ! Nous…
- Mon temps ici… est… fini… Ne te blâme pas… Il devait… en être… ainsi… et… je suis… heureux que… tu sois… sauf…
- Maître !
- Rejoins-les… Protège-les… pour moi… Je te les… confie…
- Maître…
- … mon fils…

Les yeux de Tairyoku se couvrirent d’un voile funeste, sa poitrine exhala son dernier soupir, son corps se relâcha. Le vieux mage rendit les armes à jamais dans les bras de celui qu’il avait élevé comme son propre enfant, en qui il plaçait tous ses espoirs.
Serrant le corps sans vie dans ses bras, Chuujou s’autorisa, un instant, rien qu’un bref instant, à pleurer son père.
Puis, le jeune homme se releva et sans un regard en arrière s’adressa à ses compagnons qui combattaient toujours :

- Je dois retourner au manoir.
- Ouais, vas-y ! Opina Gray en regardant ses lances de glace s’écraser inefficacement sur la poitrine du monstre. On s’occupe du reste ici !
- Bonne chance… murmura le mage de la foudre en s’éloignant.
- A vous aussi, Chuujou-san, répondit Juvia en évitant un coup de griffe.

Il s’élança vers le manoir.

………………………….

A bout de souffle, Yume retira son bras de la tornade de lumière noire. Il était indemne. Alors pourquoi lui faisait-il aussi mal ? Comme si sa peau, ses muscles et ses tendons étaient déchirés, déchiquetés, dilacérés une fois à l’intérieur. Comment pourrait-elle rentrer ainsi ? La pression magique rendait déjà la tâche suffisamment difficile ! La jeune femme posa ses mains sur le mur mouvant de magie sombre et s’efforça de ne pas se laisser repousser.

- Mirai… implora-t-elle d’une voix douce. Mirai, s’il-te-plait, laisse-moi entrer…

Mais ce fut vain. A mesure qu’elle commençait à paniquer, elle sentait la lumière l’abandonner, comme si elle s’engouffrait dans les ténèbres pour rejoindre sa jumelle. La véritable prêtresse, elle n’en doutait pas. Elle avait joué les braves devant Shin, mais malgré son désir de tous les sauver, ses peurs persistaient. Même si elle arrivait à la rejoindre, que pourrait-elle faire face à Mirai ? Qui savait dans quel état elle allait retrouver sa sœur ? Serait-elle disposée à l’écouter ? Allait-elle finalement devoir l’affronter ? N’aurait-elle pas d’autre choix que d’éliminer la moitié d’elle-même pour sauver le monde ? En serait-elle même capable ? Elle ne le voulait pas. Et puis, elle sentait, à travers cette magie noire, la souffrance de sa jumelle. La peine résonnait dans son corps et étreignait son cœur comme si c’était la sienne. Elle devait l’aider. Elle voulait l’aider. Elle replongea son bras dans la tourmente. Elle pouvait supporter cette douleur.
Soudain, la voix d’Erza retentit derrière elle :

- YUME, ATTENTION !

La rousse se dégagea et fit volte face, seulement pour voir que l’un des deux démons qui s’affrontaient avait été projeté par son adversaire et qu’il allait s’écraser sur elle.
Ce fut alors qu’un éclair jaune fendit l’air et percuta le corps gigantesque recouvert d’écailles à de multiples reprises et à une vitesse prodigieuse. Il réussit à dévier sa course. Le monstre s’écrasa à quelques mètres d’elle. Il s’en était fallu de peu. La jeune femme s’autorisa à nouveau à respirer, et chercha son sauveur des yeux pendant que les deux démons reprenaient leur combat, qui les emporta un peu plus loin. Il était vraiment très difficile à suivre lorsqu’il utilisait sa pleine puissance.
Elle sut qu’il était derrière elle avant même que ses bras n’enserrèrent sa taille. Yume se retourna et serra Chuujou contre elle le plus fort qu’elle put. Etreinte qu’il lui rendit avec ferveur.

- La Grande Prêtresse soit louée, tu es sauf ! S’exclama-t-elle, soulagée.

Elle s’écarta un peu et s’aperçut que, bien qu’il s’était composé un visage le plus serein possible, son amant était visiblement ébranlé et sous le choc. Elle le connaissait trop bien. Il ne lui laissa cependant pas l’occasion d’investiguer plus.

- Mais que s’est-il passé ici ? La questionna-t-il en regardant tout autour d’eux, avisant le chaos des combats, déglutissant quand ses yeux se posèrent sur la déchirure entre les mondes. C’est quoi ça ? Continua-t-il d’un ton suspicieux et peu assuré en se tournant vers la tempête de ténèbres à quelques centimètres d’eux. Où est Kyouaku ? Où est Mirai ?

Yume soupira et baissa les yeux.

- Elle est là-dedans, n’est-ce pas ? Reprit son fiancé en regardant la colonne noire. Je reconnais un peu sa magie dans tout ce… fatras démoniaque.

La jeune femme acquiesça en silence.

- Kyouaku est mort, finit-elle par dire. Et elle souffre tellement… Il faut que j’y aille, mais je…

Comme la voix de sa bien-aimée s’éraillait, Chuujou reprit :

- Ecoute, je ne sais pas ce qu’il s’est passé pendant mon absence, mais je sais que tu es la seule à pouvoir l’atteindre maintenant. Est-ce qu’elle pourra fermer la porte ?
- Seule ? Non, je ne pense pas. C’est pour cela que je dois y aller.
- Je ne m’inquiète pas. J’ai confiance en vous. J’ai confiance en toi.

Yume sursauta, alors que les iris marron de Chuujou se plantaient dans les siens. C’étaient exactement les mots qu’elle avait adressés à Shin. Il fallait vraiment qu’elle se surveille, elle était bien trop prompte au découragement !

- Merci, dit-elle simplement.

Ils se sourirent, un instant oublieux de l’horreur qui les entourait. Puis Yume brisa le silence :

- Il est temps.
- Ca va aller, répondit Chuujou en déposant un baiser sur le front de sa fiancée. Je suis là.
- Je sais.

Yume se sentait étrangement sereine. Il était là. Tout irait bien. Comme toujours, elle avait eu besoin qu’on lui redonne courage. Revoir Chuujou avait ravivé son espoir et réchauffé son cœur. Elle sourit. La lumière revint. La pression s’effaça. La jeune femme prit une profonde inspiration pour se préparer à la douleur qui l’attendait, défit les lianes qui la maintenaient, et les tourbillons obscurs l’accueillirent en leur sein.
La mâchoire de Chuujou se serra lorsqu’il vit la silhouette de Yume disparaître, totalement engloutie dans les ténèbres. Il ne pouvait plus rien y faire, alors il allait prêter main forte aux autres en attendant qu’elle réussisse. Car elle allait réussir.

Yume se retrouva happée dans une tornade d’énergie sombre et malsaine, zébrée de lumière d’un blanc si froid et si éclatant qu’elle frissonna et ferma les yeux par pur réflexe. Mais elle oublia bien vite les éclairs. Même si elle si s’y était attendue, la douleur qui la transperça soudain était insupportable. Ce qu’avait auparavant subi son seul bras se propageait à tout son corps et elle sentait comme des ronces incandescentes s’insinuer sournoisement dans ses veines. La jeune femme tenta de se concentrer sur sa mission, sur sa lumière, sur Chuujou, mais le maléfice la brûlait de l’intérieur et elle fut submergée par une souffrance qu’elle devina vaguement ne pas être la sienne avant de sombrer, la peine lui faisant oublier la chaleur protectrice de sa magie bienfaitrice. Yume poussa un gémissement d’une voix déformée qu’elle reconnut à peine et réprima un violent haut-le-cœur alors que sa respiration se faisait incontrôlable et saccadée. Dans un malaise grandissant, elle ne put que faire le lien avec le souvenir encore bien trop proche et cuisant, de la sensation du poison de sa sœur serpentant dans son corps et rongeant sa magie, souvenir qui s’imposait malgré elle à son esprit. Esprit qu’elle sentait doucement lui échapper, doucement revenir en arrière, durant ces dernières semaines, où elle était inutile et impuissante. Où elle ne pouvait que regarder ses proches prendre les risques à sa place. Où elle avait été trahie et blessée. Où même rêver lui était impossible. Où elle avait négligé, perdu, rejeté la moitié d’elle-même. Si seule. Si insignifiante. Si incomplète. Si triste.
Si triste. Si misérable. Enfermée, prise au piège d’un rôle qu’elle avait compris trop tard ne pas vouloir, évoluant sur un simple fil surplombant un précipice sans fond, pour inéluctablement basculer en arrière dans une chute sans fin. Elle cherchait en vain la main salvatrice qui viendrait la secourir et la ramener vers les siens. S’ils pouvaient seulement lui accorder ce pardon qu’elle ne méritait pas ! Mais ses doigts désespérément tendus ne rencontraient que le vide et se teintaient du sang qui avait coulé par sa faute, alors que ses yeux débordants de larmes semblaient se fermer à tout jamais, la plongeant dans une obscurité totale, s’enfonçant dans les abîmes où peut-être, elle trouverait enfin la fin de ses tourments, où peut-être, sa main n’aurait plus besoin d’être saisie…

« NON ! »

Dans un sursaut de lucidité, Yume ouvrit les yeux, et en contrebas de la violente bataille que la lumière semblait perdre face à l’obscurité, elle distingua un gouffre sombre et la vit autant qu’elle la ressentit, silhouette fragile aspirée par la noirceur, renonçant à l’espoir. Elle serait écrasée, broyée, détruite. C’était inacceptable. La jeune femme plongea vers l’avant, tentant résolument d’attraper cette main tendue qui se repliait, lui échappait et disparaissait dans les ténèbres. Cette souffrance intolérable, cette culpabilité écrasante, cette agonie presque libératrice, vibraient au plus profond de son cœur, meurtrissaient sa chair et faisaient hurler son âme, insupportables échos de ses propres déchirures. Mais elles n’étaient pas seulement siennes. Ici, dans cette tempête faite des sentiments violemment contradictoires de sa sœur, elle lui était directement connectée.
Et Mirai abandonnait.
C’était hors de question. Yume se laissa tomber vers elle avec toute la force de sa conviction et fut à son tour enveloppée par la nuit.
Mirai abandonnait, elle ne pouvait pas la laisser faire.
Elle ne voyait plus rien. Elle tendit le bras à s’en déboîter l’épaule.
Mirai abandonnait, elle ne pouvait pas la laisser faire parce que…
Ses doigts frôlèrent ceux de sa sœur. Son cœur fit un bond d’espoir douloureux.
Parce que…
Ils se refermèrent enfin sur les phalanges glacées, et elle tira de toutes ses forces.
Parce que…
Le corps inconscient de Mirai émergea devant elle, et Yume l’enlaça en cédant aux larmes, alors que son aura dorée s’étendait autour d’elles deux.

- Parce que je t’aime, idiote ! S’exclama-t-elle en sanglotant. Moi j’ai besoin de toi, alors ne m’abandonne pas…

Soudain, Yume tomba.
Terrifiée, la jeune femme s’accrocha désespérément à sa sœur, les entraînant toutes deux dans une chute vertigineuse et une obscurité totale. Elle savait que si elle la lâchait, tout serait fini et Mirai perdue. Mais elle sentait sa présence s’affaiblir entre ses bras et menaçait de céder à la panique.
« S’il vous plait, pria-t-elle sans vraiment savoir à qui s’adresser, laissez-moi la ramener ! »
Tout à coup, le corps de Mirai se volatilisa et la chute cessa. Yume ne rencontra aucune surface solide, pas de sol, aucun choc. Elle s’arrêta seulement de tomber, et était juste là, dans les ténèbres sans vraiment comprendre si elle se tenait debout ou flottait dans le néant, le silence qui régnait contrastant affreusement avec le précédent chaos.
Tout ce qu’elle savait, c’était qu’elle était seule. L’unique chose qu’elle distinguait était son propre corps, toujours enveloppé de son doux halo doré. Cependant, elle n’avait étrangement plus vraiment peur, cet endroit lui était familier. Ce qui n’avait aucun sens, car elle n’avait pas l’impression de se trouver où que ce fut. Ce qui n’avait pas beaucoup de sens non plus. Peu importait, elle voulait juste retrouver Mirai. Et elle sentait sa présence, quelque part, toute proche. Perdue, suspendue dans l’obscurité, Yume commença à avancer.
Bien vite, ses pas éthérés se firent pesant, l’atmosphère, lourde, morose, triste. Plus elle se sentait accablée, plus elle savait aller dans la bonne direction.
Doucement, progressivement, l’obscurité sembla se dissiper, et de grandes formes sombres et tordues se dessinèrent autour d’elle. Alors qu’elles se faisaient de plus en plus nettes, Yume distingua la silhouette d’arbres gigantesques. La jeune femme ressentit dans un grand soulagement des brindilles chatouiller ses pieds nus à chacun de ses pas. Elle se trouvait dans une forêt extrêmement silencieuse. Elle peinait à distinguer la cime des arbres tant ils lui paraissaient haut et tant il faisait noir. Mais elle se sentait chez elle. Toujours mélancolique, mais comme rentrée à la maison. Elle connaissait ce sous-bois. Elle le réalisa juste au moment où il débouchait dans une immense clairière, bien plus étendue que dans son souvenir. Si elle rebroussait chemin et continuait dans cette direction, elle tomberait sur sa guilde. Elle venait souvent ici avec Mirai jouer au milieu de l’herbe tendre et des fleurs multicolores étant petite, puis discuter tranquillement dans l’intimité de leur relation si fusionnelle, ou s’entrainer à la magie dans la nature, une fois plus grande. C’était leur forêt. Mais pourquoi était-elle si sombre et oppressante ? Et comment diable avait-elle bien pu atterrir ici ? La réponse fusa instinctivement dans son esprit. Elle n’y était pas, pas vraiment. Mais pour le bien de sa sœur, il fallait la retrouver et rendre son éclat à cet endroit autrefois paradisiaque.
Cette conviction lui réchauffa le cœur, et les ténèbres se levèrent subtilement. De fins rayons lumineux traversèrent les branchages épais et s’attardèrent sur une grande structure pierreuse que Yume n’avais pas remarquée à cause du noir, mais également car elle ne l’avait jamais vue et ne s’attendait pas à la trouver là. Intriguée, la jeune femme s’approcha avec précaution et retint un souffle. Dans la faible lumière, elle distingua les contours d’une silhouette majestueuse et féminine, partiellement masquée par de la végétation qui semblait sortir de profondes fissures marquant la pierre. Le cœur battant comme si elle savait déjà ce qu’elle allait découvrir sans en avoir aucune idée, Yume tendit la main pour dégager le visage de la statue. Elle avait une expression douce et arborait un sourire bienveillant, tout en semblant forte, inébranlable, protectrice. Bien qu’elle fût entièrement dans les tons gris, Yume connaissait par cœur les réelles teintes cuivrée de ses longues mèches ondulées et bleutée de ses prunelles volontaires, sans avoir besoin de se référer au tatouage de lune surmontée d’une étoile ornant son front. Son attitude était par contre bien plus noble et ses traits plus harmonieux que ceux qui lui étaient donnés d’observer dans un miroir, mais elle n’avait aucun doute. Cette statue inconnue et tellement fissurée qu’elle semblait avoir été sur le point de se briser et s’écrouler, dont les brèches profondes étaient à présent comblées par une végétation luxuriante, qui n’avait pas sa place dans ses souvenirs car elle n’aurait jamais autorisé sa construction de son vivant, la représentait elle. Yume déglutit face à cette représentation idéalisée mais fragilisée d’elle-même. Elle commençait à comprendre où elle se trouvait et à quel point elle avait été proche de perdre sa sœur pour de bon. Les fissures étaient à présent consolidées par la verdure, mais elles étaient toujours présentes, et il faudrait du temps pour qu’elles disparaissent une bonne fois pour toute, si elles disparaissaient un jour. Encore fallait-il qu’elles en aient l’occasion. Elle ferait tout ce qui était en son pouvoir pour que cela arrive, elle en faisait le serment.
Tout à coup, les faibles rayons qui éclairaient son effigie s’intensifièrent et s’élargirent, et la lumière baigna les alentours, révélant trois autres statues plus ou moins intactes et représentant cette fois-ci trois hommes. Yume les identifia très facilement, bien que leur visage, ou plutôt leurs yeux aient été recouverts de feuilles et de branchages, comme pour les empêcher de voir, pour se soustraire à leur regard, leur épargner la honte d’assister à la déchéance.
Les représentations inanimées de Chuujou, Shin et de son père barraient l’accès à un petit promontoire surmonté d’un magnifique mausolée d’un blanc éclatant, serti de fleurs de toutes les couleurs, qui grimpaient autour des colonnes, couraient sur le toit, tapissaient les murs. La jeune femme n’eut pas besoin de s’approcher pour reconnaître le monument, bien que sa place n’eut pas été là. Le tombeau de leur mère, de leur grand-mère et de leurs ancêtres se trouvait normalement derrière la guilde, dans un jardin privé où les membres de Dreaming Light pouvaient se recueillir dans la bienveillance et l’intimité. Elle était ici inaccessible et surplombait les alentours, imposante, froide, réprobatrice. La prêtresse en fut impressionnée, devenant petite fille face à un parent déçu et mécontent. Elle se reprit cependant, et eut un pincement au cœur. A quel point Mirai pouvait-elle se rabaisser ? A quel point elle ne se sentait-elle plus digne de leur amour ? Elle devait la retrouver au plus vite, lui dire, lui montrer comme elle se trompait, comme ils l’aimaient, comme ils l’attendaient.
Un bruit discret attira son attention, derrière elle. Yume se retourna vivement, et là où il n’y avait que des arbres quelques minutes –où étaient-ce des secondes ? Des heures ? Elle ne savait plus bien– auparavant, se dressait une tombe de fortune faite simplement de deux morceaux de bois liés entre eux dans une forme de croix par une liane. A son pied, la terre avait fraichement été retournée, l’enterrement était tout récent. Mais la jeune femme n’y prêta que peu d’attention, car, agenouillée devant la sépulture, une rose d’un rouge sang à la main qu’elle paraissait hésiter à déposer, Mirai semblait figée.
Yume voulut se précipiter vers elle, mais son corps refusa d’obéir. Craignant que la brusquer ne la pousse à fuir de nouveau, la jeune femme s’approcha à pas lents, bien que son cœur lui commandât de se ruer aux côtés de sa jumelle.
Enfin arrivée auprès d’elle, la mage s’agenouilla doucement puis détailla le visage de Mirai. Celui-ci semblait pétrifié, pas une larme ne coulait de ses grands yeux émeraude écarquillés et fixés dans le vide, pas un son ne sortait de ses lèvres légèrement entrouvertes dans une expression choquée. Elle semblait si fantomatique, si irréelle, sur le point de s’effacer et de disparaître au moindre mouvement que Yume n’osait pas lui parler, pas la toucher, à peine respirer. Elle resta ainsi à la regarder, dans une détresse profonde, sans savoir s’il s’agissait de la sienne à ne pas pouvoir l’aider, ou de celle de sa sœur alourdissant toute l’atmosphère.
Tout doucement, Yume finit par lever la main, et frôla la joue pâle et glacée du visage immobile en murmurant :

- Mirai…

Elle n’obtint aucune réaction, bonne ou mauvaise, alors elle réitéra l’opération :

- Mirai ? Est-ce que tu m’entends ? C’est moi, Yume.

Au nom de la prêtresse, la jeune femme frémit et cligna des yeux. Son regard sembla à nouveau abriter un peu de conscience, et elle répéta :

- Yume…

Après un bref silence, elle ajouta faiblement sans tourner la tête vers sa jumelle, des larmes apparaissant enfin au coin de ses paupières :

- Il est parti…
- Oui, je le sais, répondit Yume dans un souffle.
- C’est de ma faute…
- Non, Mirai, ce n’est pas de ta faute.

La prêtresse saisit doucement, prudemment la main de sa sœur.

- Tout est de ma faute… répéta cette dernière.
- Arrête, ce n’est pas vrai.
- Je le vois clairement maintenant… Si je n’avais pas été aussi bornée, tu n’aurais jamais eu à m’affronter…
- Mirai…
- Il n’aurait jamais eu à me protéger…
- Ecoute-moi, s’il-te-plait…

Yume sentit ses épaules s’affaisser sous le poids de l’air, elle avait l’impression qu’elle ne pourrait jamais se relever, jamais sortir de cet endroit sordide où Mirai s’était piégée.

- Finalement, cette prophétie que nous redoutions tant, c’est moi qui l’ai déclenchée…

Yume avait la gorge serrée, tant le sentiment de culpabilité de Mirai était pesant, et surtout, tant il se reflétait dans le sien. Elle se rendit compte qu’elles avaient toutes deux souffert de la même manière, chacune de son côté empêtrée dans sa propre impuissance. Il était temps que cela cesse.

- Je veux rentrer à la maison… lâcha sa sœur d’un timbre vacillant.
- Moi aussi, chuchota Yume, la voix tremblante. Moi aussi je veux que tu reviennes.
- Mais je ne trouve plus le chemin…
- Viens avec moi alors, rentrons ensemble !

La rousse raffermit doucement sa prise sur la main de sa jumelle, et les orbes vert feuille désespérés rencontrèrent enfin les prunelles bleu ciel bienveillantes. Le temps sembla se suspendre. Les deux jeunes femmes perdues se regardèrent en silence. Les larmes débordèrent enfin des yeux de Mirai, et elle se jeta dans les bras réconfortants de Yume.

- Pardon… Pardon… Je suis désolée, tellement désolée…, sanglota-t-elle contre le cœur battant et surpris mais soulagé de sa sœur.

Elle l’avait enfin retrouvée.

- Je ne t’en veux pas, Mirai, répondit Yume en accompagnant sa jumelle dans ses larmes et l’enlaçant le plus tendrement qu’elle le pouvait. Personne ne t’en veut, tu sais.
- Pourtant, je sais ce que j’ai fait… chuchota la jeune femme, comme si les mots dépeignaient une horreur moins réelle exprimés à voix basse. J’étais consciente tout le long, mais je ne pouvais rien faire, rien arrêter, et je m’en moquais.
- Tu sais pour la porte alors…

Yume sentit Mirai acquiescer contre sa poitrine trempée de larmes.

- Je nous ai tous condamnés… Fairy Tail venus nous aider, Chuujou et Shin, papa… Le monde… Toi… Comment peux-tu encore avoir confiance en moi ?

La prêtresse prit une grande inspiration pour tenter de se calmer et répondre le plus sereinement possible :

- Tout n’est pas perdu, Mirai.

Celle-ci releva la tête et mi-espérante, mi-implorante, attendant la suite.

- Nous pouvons clore cette porte toute les deux, si nous nous unissons. J’en suis sure ! Déclara Yume avec un sourire convaincu.
- Comment ?
- Je ne sais pas comment cela est arrivé, mais la prophétie s’est trompée, répondit-elle doucement. Toute seule, je ne suis pas assez puissante pour éliminer les démons et refermer la porte. J’ai besoin de ton aide, l’aide de la seconde héritière.
- Mais, qu’est-ce que tu racontes, Yume ?! S’exclama Mirai, horrifiée. Je n’ai pas cette lumière en moi ! Ce n’est pas moi la prêtresse, c’est toi ! Moi je ne peux que détruire et faire du mal autour de moi ! Tu le vois bien, non ?!

La jeune femme avait eu un mouvement de recul, et semblait choquée et effrayée. Yume détailla un instant ce regard terrifié. Puis elle sourit et caressa la joue de sa jumelle du bout des doigts.

- Mais tu l’as sentie s’éveiller en toi aussi, n’est-ce pas ? Reprit-elle gentiment.
- Non… Non, ce n’est pas vrai ! Réfuta Mirai vivement en se détournant.
- Je ne comprends pas plus que toi, mais je ne suis pas la seule à avoir hérité des pouvoirs sacrés.
- Non… Non, arrête, je ne peux pas…, implora la rousse.
- Pourquoi, Mirai ?
- Comment le pourrais-je ? Après tout ce que je vous ai fait subir ! Après avoir poussé le monde vers sa destruction ! Comment pourrais-je encore prétendre en être digne ?

Yume soupira dans un faible sourire. Elles y étaient. Le cœur du problème était là. Elle le savait bien, elle avait ressenti la même chose. Cependant, il n’était plus question d’être digne ou non à présent, mais d’accepter, de pardonner, et d’agir.

- Elle est en toi. Elle t’a choisie aussi, tu sais. Et je ne peux que la comprendre. Tu es une personne magnifique, Mirai. Tu es courageuse, tu es forte, tu es généreuse.
- Tu… Tu te trompes, objecta faiblement la jeune femme.
- Avoir fait des erreurs ne fait pas de toi quelqu’un de méprisable. N’en ai-je pas fait au moins autant ? Moi, je te pardonne. Ils te pardonnent. Alors s’il-te-plait, accepte de te pardonner aussi.
- Mais…
- J’ai confiance en toi Mirai. J’ai confiance en nous, ajouta Yume dans un souffle. Ca n’a jamais été moi. Ca a toujours été nous.

Il y eut un silence de quelques instant, que Mirai finit par briser d’une voix faible :

- Pourquoi ?

Une fois de plus, Yume sourit et regarda sa sœur dans les yeux.

- Parce que je t’aime, idiote ! répondit-elle, certaine d’avoir été entendue cette fois-ci.

Mirai parut se figer un instant, puis émit un faible sourire à son tour qui se transforma en un petit rire avant de baisser le regard en portant la main à son front en murmurant quelque chose qui ressemblait très fort à : « Je ne peux pas résister, tu es bien trop forte pour moi ». Puis, après un court moment d’hésitation, elle planta à son tour son regard dans celui de sa sœur.

- Je veux les sauver, déclara-t-elle d’un ton décidé.

Elle savait bien que Yume avait raison. Elle n’était pas guérie. Elle se méprisait encore. Mais un peu, un tout petit peu moins. Peut-être aurait-elle un jour pu mériter à nouveau cet amour et cette confiance inconditionnels qu’elle avait toujours reçus malgré tous ses faux pas, toutes ses folies. L’envisager ainsi calmait suffisamment sa tourmente pour qu’elle la perçoive, cette petite étincelle qui brillait au fond de son âme, de plus en plus intensément et ne lui laissait d’autre choix que de finalement se tourner vers l’espoir, et de l’accueillir. Ses pêchés étaient grands. Elle pouvait au moins y mettre un terme. Elle le devait. Elle le voulait.

- Alors allons-y.

Yume était consciente de ce qu’elle demandait à sa sœur. Mais elle savait, elle ressentait sa détermination et surtout son accord.

Les deux jeunes femmes se relevèrent alors et se prirent les mains. Leurs lèvres s’étirèrent en un sourire entendu, sans avoir besoin de se parler pour se comprendre. Seules, elles n’étaient pas de taille face à la titanesque tâche. A deux, elles viendraient au bout de n’importe quel maléfice, fut-il un passage démoniaque transdimensionnel. A deux, elles étaient invincibles et leurs proches survivraient. A deux, la fin inéluctable d’un tel acte était moins effrayante. Elles avaient juste eu besoin de temps pour le comprendre et l’accepter. La prophétie s’était bien jouée d’elles pour arriver à ses fins…

Yume et Mirai fermèrent les yeux, se concentrèrent, leurs mains liés, leurs doigts entrelacés. Elles adressèrent une prière profonde à cette force qui s’était éveillée en elle, et la sentirent monter en leur cœur, s’étoffer, s’épanouir. Bientôt, les frontières de leur corps ne purent plus la contenir et elle s’étendit, s’étendit, jusqu’à inonder la clairière, ramenant le soleil au sein de la forêt, lui rendant son éclat et sa beauté naturels, avant de tant s’intensifier que le paysage disparut et qu’elle embrassa les deux silhouettes dans sa lumière apaisante.
Les deux jumelles n’eurent pas besoin d’ouvrir les yeux pour comprendre qu’elles étaient enfin sorties de ce monde onirique et avait réintégré la réalité. Elles pouvaient ressentir la malfaisance diabolique de la dimension infernale déferler dans un monde qui aurait dû à jamais en rester dénué. Elles pouvaient entendre les rugissements sanguinaires de ses habitants arpentant un sol qu’ils n’auraient jamais dû à nouveau fouler. Et surtout, elles pouvaient les voir. Leurs amis, leur famille. Ils perdaient, reculaient sous les coups violents et monstrueux. Mais jamais ils ne s’avoueraient vaincus. Le feu et les étoiles brillaient plus intensément que jamais, l’eau et la glace se mêlaient en un ballet parfait et farouche, les lames meurtrières tournoyaient au milieu des vents turbulents et les éclairs fulgurants foudroyaient le mal avec l’énergie d’un espoir obstiné, indéfectible, au milieu des cris de douleurs, d’effort, de soutien, maculés des larmes, de la sueur et du sang d’êtres humains combattant pour protéger leur vie, celles de ceux qu’ils aiment, leur droit d’exister, ensemble.

« Comment pourrions-nous les condamner ? »
« Tu as raison, c’est impensable, n’est-ce pas ? »

Alors, à travers ces visions où le cauchemar se mêlait à l’espérance, rassurée par la présence de l’autre et la synergie de leur essence, pour réparer leurs torts, pour protéger ce qu’elles chérissaient, elles lâchèrent prise. La lumière embrassa leur âme, illumina leur cœur, sublima leur corps, bienveillante, apaisante, accueillante.

« Elle vit qu’elle transmettrait à toutes ses descendantes le pouvoir de lire les rêves, ainsi que sa lumière… pour éviter qu’un immense fléau ne s’abatte et ne détruise notre monde… Cette guère contre l’obscurité se solderait par la mort des deux sœurs, scellant ainsi le pouvoir de la lumière sacrée… »

Les pensées de Yume et Mirai s’étirèrent par delà leur être, s’enchevêtrèrent, fusionnèrent dans une sérénité et un amour absolus. Une voix douce et profonde vibrait à travers leur âme, une voix qu’elles avaient toujours connue, sans l’avoir jamais entendue.

« Votre mission est terminée mes enfants, votre calvaire prend fin maintenant. Vous avez dépassé mes espérances les plus folles, je suis si fière de vous. Venez à moi, le repos vous attend, vous l’avez tant mérité ! »

Bercées par cette voix aimante, Yume et Mirai se laissèrent glisser vers cette essence maternelle dans la promesse d’un bien-être éternel exempt des regrets terrestres. Avant de s’abandonner totalement, leur cœur s’exprima une dernière fois :

« J’aurais aimé pouvoir rester un peu plus longtemps à leurs côtés… »
« Pouvoir partager encore leur vie… »

« Au revoir… »

Dans les ténèbres de la nuit, une immense colonne de lumière d’un blanc doré bienveillant embrasa les restes d’un manoir dévasté, théâtre d’une sombre bataille entre le bien et le mal. Elle s’éleva jusqu’aux cieux, illuminant forêts, plaines et villages sur plusieurs lieues. Puis elle s’éteignit doucement jusqu’à n’être plus qu’un fin rayon lumineux se dissipant comme un rêve, laissant la place à un champ de ruines baigné d’un silence de mort. A l’est, une lueur brilla faiblement, levant peu à peu le voile sur les vestiges d’une guerre enfin achevée.








1 Kekkai : Barrière, protection en japonais

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